Son nom est sur toutes les lèvres en ce moment. On vous le donne en mille : il s’agit de Paul Kawczak aux éditions de La Peuplade. L’auteur qui nous offrait le récit Un long soir récidive avec son premier roman, Ténèbre. Retour sur une bonne lecture de 300 pages.

Fictionnaliser l’histoire

Pour ceux et celles qui auraient des notions d’histoire coloniale avancées sur l’Afrique, vous pourrez vous divertir avec ce que décide d’en faire Kawczak, c’est-à-dire de revitaliser les vieux récits avec de nouveaux personnages (très fictifs, si je ne m’abuse) qui apportent des saveurs de partout. On retrouve bien sûr quelques Européens parmi les protagonistes, mais aussi un Chinois, des Congolais, un homme du Moyen-Orient… Et ainsi va l’histoire de Ténèbre ; tout le monde se ramasse en Afrique sur les traces d’un territoire à découper.

Pierre Claes, géomètre mandaté par le roi Léopold II, doit aller découper les terres de l’état indépendant du Congo. Il rencontre tôt dans son périple Xi Xiao, un Chinois bourreau maître dans l’art d’une toute autre découpe : celle du corps humain. Un drôle d’amour les lie alors (mystique, impossible?) et ce, jusqu’à la fin de leur périple. Kawczak offre ensuite une fresque très bien élaborée qui raconte les débuts et les fins (multiples à plusieurs égards) de chaque personnage rencontré, allant même jusqu’à introduire une femme mystérieuse au début du livre dont on connaîtra l’origine seulement à la toute fin. Tout est ramifié dans un calcul presque parfait ; cette maîtrise du récit est effrayante et savoureuse, tout comme l’écriture –classique–, qui vient donner une expansion et quelques dimensions supplémentaires au roman.

On l’encense en ce moment et ce n’est sans doute pas pour rien ; Paul Kawczak sait écrire et nous le montre dans la plus pure (lire véritable) forme de la littérature. On en vient à chercher des brèches à cette œuvre simplement pour expliquer l’exhaustive tâche de rapporter ce qu’on a lu de manière objective.

Cette ténèbre singulière – notons pour le public que ténèbres est un mot exclusivement pluriel -, utopique dans son concept, absolument impossible, ravive le plaisir de lire pour lire. Il rappelle agréablement par moment les romans de Dominique Fortier (Du bon usage des étoiles, La porte du ciel).

En dépit du ficelage extrêmement bien réussi du récit, on regrette cependant une séparation précoce des deux personnages de Pierre Claes et de Xi Xiao. On nous décrit des sentiments qui n’ont malheureusement jamais été mis en scène (un amour qui fait parfois hésiter). Il va sans dire que ce sont les objections subjectives du critique. Cela dit, chapeau à Kawczak!

Victor Bégin

Ténèbre, Paul Kawczak, Éditions de la Peuplade, 320 pages, janvier 2020.