Crédit photo: Anik Benoit

Je me souviens, il y a à peine trois mois, de ce personnage au regard perçant vêtu d’un chapeau noir avec une moustache et une longue chevelure noire qui chantait, avec un accent d’un autre temps et une ruine-babine comme accompagnement : « Tu sais mon vieux François, la ville c’est pas pour moé, retournons dans notre île amène-moi avec toé, icitte y’a trop d’machines, ça sent le renfermé et puis bonté divine, on voit pas nos journées…». C’était la chanson «  Mon vieux-François » qui jouait sur la photo de l’album Enfin de Lawrence Lepage, que je découvrais pour la première fois, sur le site YouTube.

Puis, cet automne, cette même photo de l’homme au chapeau noir m’est réapparue, mais cette fois il avait « les cheveux blancs de mémoire » (pour reprendre l’expression de mon chum) et le titre de l’album était remplacé par Le temps. Après trente ans d’exil dans les bois rimouskois, l’auteur-compositeur-interprète Lawrence Lepage, est bel et bien revenu sur la scène musicale québécoise !

L’idée de ressusciter le poète est de son ami Serge Arsenault, qui a pris soin de contacter Françoise Boudrias et Yves Lambert de la maison de création et de production de disques et de spectacles La Prûche libre, ouverte aux productions intergénérationnelles, pour la réalisation de ce projet. C’est donc avec surprise et un brin d’excitation que je suis allé au chic Lion d’or, le 7 novembre dernier dans le cadre des Coups de cœur francophone, pour voir en chair et en os l’homme au chapeau noir!

Parmi la foule en attente, plusieurs de ses amis à la tête blanche avaient hâte de le revoir : Gilles Mathieu le fondateur de la boîte à Chanson La Butte à Mathieu, le musicien Robert Séguin, qui l’a accompagné comme bassiste dans ses débuts, le chanteur René Robitaille et le sculpteur Pierre Leblanc. Ces artistes m’ont dit qu’ils le surnommaient affectueusement « le petit bonhomme noir » et que la grande dame de la chanson française, Clairette Oddera, disait de lui « ce petit est un comptoir de bienfaisance ! ». « Tout l’monde aime Lawrence! » ont-ils ajouté.

Du haut de ses 81 ans, la légende vivante a monté sur les planches en tenant fermement la main de Yves Lambert qui était accompagné par sa talentueuse équipe de musiciens : Olivier Rondeau (guitare, lap steel) le réalisateur et arrangeur de l’album, Bernard Simard (guitare et voix), Alexis Dumais (contrebasse et piano) et Robain William (violon). Tous assis en demi-cercle, inutile de vous dire que Lawrence était fort bien entouré ! Un immense respect régnait dans le groupe très à l’écoute du vieil homme qui oubliait parfois les paroles…Yves Lambert était toujours là pour rattraper les trous de mémoire de l’octogénaire et les tourner en un clin d’œil humoristique ! Tout pour faire sourire le public et en faire son complice ! Un bel hommage à la vieillesse…

L’acclamation de la foule était chaleureuse et énergique. Le public tapait non seulement des mains, mais aussi des pieds ! J’avais l’impression de faire partie d’un party de famille ! Les sourires étaient aux rendez-vous pendant plus de 90 minutes ! Et plusieurs entonnaient les paroles ! Les musiciens Yves Lambert, Bernard Simard et Olivier Rondeau ont d’ailleurs, chacun à leur tour, chanté les textes de Lawrence Lepage: Bayard, Sol indien, Le goût de fleur, etc. Lawrence les écoutait parfois en fredonnant les paroles, parfois en les regardant comme s’ils les entendaient pour la première fois. Serge Arsenault est aussi monté sur la scène, pour chanter « Les vieux », un texte offert par Lawrence. C’était très émouvant. Que de coups de cœur en une seule soirée !

Méconnu des plus jeunes générations, mais connu du milieu underground des années ’60 et ’70, plusieurs des chansons de l’icône de la contre-culture ont été interprétées par les plus grands de la chanson québécoise. L’œuvre de Lepage est un trésor à découvrir et l’héritage que nous laisse son nouvel album Le temps est un cadeau à chérir: « Une des belles qualités de l’album Le temps, c’est qu’il est un album joyeux, profond, mais aussi remplie de sourires et de philosophie absolument essentielles dans notre contemporanéité. », de nous partager Yves Lambert. Et pour conclure dans le même esprit, Françoise Boudrias nous a dit: « Pour nous c’était très important que Je me souviens ne soit pas que sur une plaque de voiture mais que cela reste dans notre mémoire collective. »

– Anik Benoit

Visitez le site web de Lawrence Lepage : http://lawrencelepage.wordpress.com