Depuis qu’a été lancé le puissant single « Elephant », le nouvel album des australiens Tame Impala se murmure sur toutes les lèvres et enveloppe toutes les oreilles de la planète. Suite royale d’Innerspeaker, Lonerism touche en grâce en érigeant un mille-feuilles de tentures bariolées et de psychédélisme indolent.

L’un des événements musicaux de l’automne se tient là. Farfelu comme un druide sous potion, remarquable comme un plongeon dans l’espace, ineffable comme un rêve éveillé : Lonerism semble détenir le pouvoir de bercer les âmes défilant dans nos verrières cités. Derrière Tame Impala se cache avant tout une voix, celle du leader et compositeur Kevin Parker: noyé d’échos en spirales, cet astre vocal évoque tour à tour un John Lennon sur la vague Mystery Tour, un Syd Barrett (Pink Floyd) en montée solaire, plus sûrement un Brian Wilson (The Beach Boys) à jamais perdu, pieds nu, dans un salon ensablé. Orchestratrice mais jamais dominatrice, la langue de Parker détient le don de s’étirer en langueur et de nous visiter à contre-temps (« Apocalypse Dreams »). Enfin, derrière ce timbre nasal, des accents plaintifs finissent par côtoyer ce lyrisme pailleté comme s’évadant du jour déliquescent d’un parc parisien (l’historique et très touristique Luxembourg en guise de pochette).

La musique de Tame Impala évoque elle un arc-en-ciel délavé, un torrent de fraises dégoulinant dans des rivières aquarelles. Se faufilant comme une montagne russe, elle dérive dans l’air, semble reprendre son souffle, pour mieux battre de l’aile et papillonner à tout va dans un faux foutoir. Car, à la différence du néo psychédélisme de MGMT, les compositions bigarrées de Tame Impala ont le don d’interpeller à plein tubes. Là, un synthétiseur miroitant (« Nothing That Has happened So Far Has Been Anything We Could Control »), ici une basse dantesque (« Endors toi », « Elephant »), ailleurs des réverbérations de folie (le tripal « Keep on Lying »), c’est bien simple, de l’aurore à son crépuscule, la grâce de Lonerism est gorgée d’une puissance éclatante. Certes petit bémol : Alors que les mouvements caressants de la Face A ne paraissent (paressent ?) jamais un comme la nature filmée par Terrence Malick, la face B recèle ses parties les plus grandioses. Mais, à l’instar d’un réveil suspendant une sieste de mi-journée, au terme de ce voyage en rêverie australe, on dira que seul l’égarement premier (et inquiet) appelle à être conservé.

On l’aura donc compris, il faut se badigeonner les tympans de ce Lonerism, laisser pénétrer sa sève cosmique jusqu’à s’endormir et ne faire plus que rêver !

– Romain Genissel