J’avais bien hâte de mettre la main sur les premiers livres de L’Apocalypse, la nouvelle maison d’édition du fougueux Jean-Christophe Menu, un des anciens fondateurs de L’Association. De surcroît, c’est la Québécoise Geneviève Castrée qui signe la première publication de l’éditeur avec Susceptible.

On reconnaît tout de suite la patte de Menu, éditeur, dans la maquette du livre : reliure cousue, papier glacé d’excellente qualité, pages de garde gaufrées… Il n’y a pas à dire, Menu aime faire de beaux livres et il les fait bien. Les similitudes graphiques que L’Apocalypse entretient avec L’Association sautent aussi aux yeux, particulièrement le logo qui rend hommage à celui de son aînée (ou le singe, c’est selon).

Susceptible est une chronique autobiographique dans laquelle Geneviève Castrée témoigne de son enfance pas évidente et des épisodes marquants qui l’ont menée à sa vie d’adulte et au développement de sa sensibilité artistique. Goglu, l’alter ego de l’auteure, entretient une relation complexe avec sa mère : problèmes d’alcool, de drogue, petit ami qui voit en Goglu la source de tous ses problèmes de couple… Il y a aussi son père, un punk qui vit en forêt en Colombie-Britannique et de qui elle n’a presque jamais eu de nouvelles.

Je serais bien embêté de critiquer le scénario du livre, en sachant qu’il s’agit d’une autobiographie. Il n’en demeure pas moins que ça fait beaucoup. Beaucoup de tragique et beaucoup de grave. La lecture peut être plutôt lourde par moments et laisse l’impression que l’auteure essaie trop fort d’émouvoir son lecteur. Sans pour autant ajouter artificiellement de gaîté à l’ensemble, peut-être qu’une narration plus subtile et moins affectée permettrait mieux au lecteur de se faire sa propre idée sur ce qui est raconté. Reste que Susceptible réussit à frapper par son intelligence et par la force dramatique des anecdotes.

Le dessin est très agréable et bien exécuté, particulièrement les nombreux lavis qui superposent le trait fin et précis de Geneviève Castrée. La composition est variée et respecte toujours un bon équilibre entre narration, phylactères et dessins. Certaines pages sont plus aérées grâce à des dessins sans décor ou par l’utilisation (fréquente et ingénieuse) de médaillons. Le côté propre et innocent du dessin contraste habilement avec la gravité du propos, même si on peut reprocher un manque d’expressivité chez les personnages, particulièrement lors des scènes les plus intenses.

Voilà donc un début prometteur pour L’Apocalypse et pour Geneviève Castrée qui signe un bon premier livre, malgré quelques imperfections. Imperfections qui révèlent bien la difficulté que la BD autobiographique a de se renouveler vu la production abondante qu’elle a connue au cours des dernières années.

– Émile Dupré

Susceptible

Par Geneviève Castrée

L’Apocalypse, 78 pages