Ouvrir un livre de Michel Tremblay, c’est se plonger dans un univers. Dans mon cas, certainement. Et encore une fois, je n’ai pas eu à me forcer une seconde pour explorer l’existence des Desrosiers. Survivre! Survivre! porte bien son titre: dans ce huitième tome de la diaspora, l’avant-dernier annoncé de la série, les personnages se retrouvent tous d’une manière ou d’une autre à un point tournant, parfois dramatique de leur vie.

Septembre 1935. Entre Maria qui lutte encore contre ses constantes envies de fuite et d’aventure, Victoire qui n’en peut plus d’encaisser les jours mornes de son existence, Télesphore qui vit avec le spectre de plus en plus grand de l’alcoolisme, Ti-Lou qui apprivoise (ou commence à ne plus paniquer) à l’idée de perdre une jambe et ses légendaires charmes, Édouard qui assume de plus en plus son envie de se travestir et de nombreux autres problèmes qui jonchent le roman, ça brasse. Tellement, que la lecture en devient presque lourde: un concentré d’autant de souffrances ne peut pas rester sans conséquence.

Survivre! Survivre! comme une évocation, un essoufflement des protagonistes, qui n’en peuvent tout simplement plus de leurs petites misères. L’ennui surtout, cet ennui qui teinte tout. Les personnages réussiront-ils à sortir de leur marasme, à prendre en main leur part de responsabilité? Rien n’est moins certain.

Ce mur, le perçoit-on dans l’écriture de Tremblay? Non, au contraire. La plume est toujours aussi vive, affûtée. D’une main de maître, c’est le cas de le dire, l’écrivain n’a aucun problème à nous mener entre les multiples intrigues et malheurs qui prennent place dans l’œuvre. Au contraire, on a presque l’impression de se faire prendre la main. Et on suit, avec la fascination de celui ou celle qui découvre les boîtes de souvenirs de ses grands-parents ou un vieux grenier rempli de photos d’époque.

Dans Survivre! Survivre!, Tremblay y va d’une narration très linéaire. Il faut dire qu’avec toutes les histoires qui croisent, se recroisent et s’emmêlent parfois, c’est plutôt judicieux. Et malgré la douleur qui se cache dans tous les recoins du livre, l’auteur parvient tout de même à créer des moments cocasses, drôles ou tout simplement doux. Par le langage notamment – toujours dans le registre du joual-, qui ajoute une touche colorée à l’ensemble. Des petites bouffées d’air nécessaires dans un livre qui aurait pu totalement tomber dans la mélancolie.

– Mélissa Pelletier

Survivre! Survivre!, Michel Tremblay, Éditions Leméac/ Actes Sud, novembre 2014