Après 18 ans d’existence, le MEG Montréal jouit d’une forte réputation qui lui permet de prendre plus de risques. Répartissant des DJ sets, des soirées dansantes et de concerts dans quatre lieux différents du boulevard Saint-Laurent, cette année le festival présente un nombre considérable d’artistes moins connus, mais prometteurs. Vendredi soir, la SAT accueillait frame, Superpoze et Fonkynson pour une soirée hybride où l’amitié franco-québécoise était de mise.

frame : du DJ set au concert

Jeune producteur et DJ, frame se taille tranquillement une place sur la scène électro montréalaise, notamment avec son premier single « In vain » lancé récemment. Devant un écran sur lequel étaient projetées des images stroboscopiques, en noir blanc et plutôt stéréotypées, frame a quand même su réchauffer la salle qui se remplissait au compte-gouttes. Dans une implacable fluidité, le DJ a enchaîné des pièces remixées et adaptées à son propre son, d’abord très mélodique, puis de plus en plus rythmique – on entendait des influences dubstep et d’artistes britanniques comme Bok Bok. En transformant son DJ set en véritable concert, frame a offert une excellente première partie.

Superpoze : de la transe à la danse

Installé au milieu de bandes de lumières LED, Superpoze a modifié l’ambiance grâce à un concert d’une grande beauté au cours duquel il a surtout présenté les pièces d’Opening, son convaincant album paru en 2015. Passant du synthé aux consoles, l’artiste français a rapidement charmé la salle, à peine plus remplie, avec son électro aux rythmes empruntant à la house minimale et avec ses mélodies mélancoliques. Fortement influencée par les airs languissants de Kiasmos et de Moderat, la musique de Superpoze donne la part belle à la contemplation, sans pourtant ennuyer : les boucles et les répétitions donnaient lieu à une transe que les éclairages appuyaient et qui a encouragé le public à danser, jusqu’à une finale généreuse, forte en émotions.

Fonkynson : de l’énergie à l’ennui

Québécois d’origine française, Fonkynson devient tranquillement un indispensable de la scène électronique montréalaise. Son album #followme, paru sous l’importante bannière locale Lisbon Lux Records, attire déjà beaucoup l’attention. Sur scène comme sur disque, Fonkynson sait rassembler les gens avec une musique colorée, joyeuse et archi-dansante, très influencée par la tradition française des dernières années, particulièrement de l’étiquette Ed Bangers. Par contre, simplement installé derrière ses consoles et devant des projections de dessins à l’esthétique bonbon, l’artiste tentait en vain de faire décoller la salle qui se vidait progressivement.

Fonkynson

Fonkynson

 

Efficace, la prestation de Fonkynson ne réussissait pourtant pas à rendre justice à l’énergie de sa musique, sans doute à cause de l’ordre dans lequel étaient placés les trois artistes. Il aurait sans doute joui d’un public plus réceptif s’il avait réchauffé la salle ou s’il avait partagé la scène avec d’autres DJs au son plus similaire. Après deux prestations aussi mélodiques, celle de Fonkynson semblait paradoxalement ennuyer les gens et les invitait davantage à quitter plutôt qu’à faire la fête.

Ce problème survient souvent dans les festivals, particulièrement dans les programmes multiples qui peuvent ressembler à des marathons de musique électronique avec des artistes rassemblés selon des logiques parfois malheureuses : ici, leur nationalité franco-québécoise ne suffisait pas à la fête. Il arrive effectivement que ce type d’événement échoue à offrir au public un spectacle assez captivant pour qu’il reste jusqu’à la fin. En contrepartie, cette soirée a permis de connaître trois artistes qu’on voudra assurément revoir en d’autres circonstances.

Nicholas Dawson

MEG Montréal se poursuit jusqu’au 31 juillet. Consultez la programmation ici.