C’est dans la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui que Simon Boudreault nous (re)donne rendez-vous (la pièce Soupers avait été jouée dans la même salle en février dernier). La scénographie que signe Julie Measroch est amusante et évocatrice : on est dans un restaurant. Avant le début de la représentation, on se fait accueillir par un charmant serveur et par l’habituelle pancarte ‘’Laissez nous le plaisir de vous assigner une place.’’. Ainsi, on se retrouve à une table, en espèce de blind date avec d’autres spectateurs. Déjà, le processus théâtral est entamé. Observant les gens à notre table, prêtant l’oreille à leur conversation, échangeant des sourires gênés, on joue au jeu de Boudreault ; celui du voyeurisme. (En plus, j’étais assise avec un couple d’inconnus bien ‘’on’’ sur les minouches et les mots doux, imaginez! J’avais l’oreille tendue comme jamais. À un moment donné, il lui a même dit que…… bon, revenons à nos moutons.)

C’est l’histoire de Marc-Antoine, un obèse dans la trentaine qui a comme compagnon de vie son chat Guy et qui travaille pour une compagnie de jeux vidéo. On voyage avec lui, de soupers en soupers avec différents membres de son univers, sa mère, sa sœur, une collègue de travail et ledit chat.

L’auteur de Sauce brune nous présente un texte comiquement amer. Les dialogues se chevauchent fluidement, laissant au spectateur le temps de mettre les pièces du casse-tête en ordre. C’est d’ailleurs ce qui nous garde en appétit tout le long de la pièce. C’est comme un polar, où au lieu de chercher à résoudre un crime, on fait l’autopsie d’une peine. Bien sûr, on rit. Un peu comme si Boudreault aiguisait son couteau sur notre ratte, on rit de ces blessures du quotidien, de Marc-Antoine (Alexandre Daneau, brillant de simplicité), de ces femmes autour de lui qui n’en font qu’une bouchée, de sa relation avec Guy, son chat adoré. Et puis, à un moment très juste, le couteau est assez aiguisé, on ne rit plus. On constate les dégâts.

Soupers est un bel exemple où la forme (le restaurant) sert le propos. Manger est un pilier de nos relations sociales. On soupe ensemble, on insiste pour manger en famille, on fait des dîners d’affaires. «C’est comme si la bouffe devenait une béquille, observe Simon Boudreault. Pendant un souper, on ne peut écouter que les conversations autour, mais ce n’est pas grave, on mange. On n’a pas besoin de parler ou d’être en relation, on mange…»

Il y a aussi un bien intéressant parallèle entre Marc-Antoine et son métier. Comment il peut chercher à gérer (à comprendre) ses relations à travers les jeux vidéos. Comment il cherche, toujours avec un discours de gamer nuancé et simple, un sens à sa vie.

On se laisse sur le mot de la nutritionniste : chapeau aux comédiens qui ne se nourrissent exclusivement que de concombres et de bananes durant toute la représentation. C’est bon pour la pression !

 

-Gabrielle Chapdelaine

 

Soupers au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 1er décembre.

Texte et mise en scène : Simon Boudreault

Interprétation : Sophie Clément, Alexandre Daneau, Johanne Haberlin, Catherine Ruel

Assistance à la mise en scène et régie : Alexandra Sutto

Scénographie : Julie Measroch

Costumes : Suzanne Harel

Éclairages et direction de production : Frédéric Martin

Conception sonore: Michel F. Côté