Crédit photo: Patrice Tremblay

Dans l’obscurité d’une grotte, sous une stalactite en forme d’allumette géante, une chose informe gît. Elle rampe. Un immense insecte. Peu à peu, deux formes humaines se détachent l’une de l’autre, déconstruisant l’abdomen de la bête. Enfin, une puissante source de lumière transperce le sol, bouleversant toute conception acquise et donnant le coup d’envoi à une étrange chorégraphie.

Tout est venu, selon Mathieu Marcil, d’une volonté de donner un crédit plus grand aux travailleurs de l’éclairage théâtral. Puis a pris le dessus un questionnement sur la charge poétique et expressive de la lumière. Après plusieurs années de réflexion et de travail, Marcil présente enfin son mémoire-création, le fruit de sa maîtrise en théâtre, Sombre luminescence.

La lumière y est un jeu, et ce jeu prend toute la place. Les deux interprètes rampent, courent, miment, dansent, se poursuivent, se tortillent. Les personnages découvrent, surtout ; les diodes sans fil qu’ils portent parfois aux mains, parfois aux pieds, leur sont les outils d’une exploration de la caverne où ils se trouvent, de leur propre corps et du corps de l’autre. Ils se lient l’un à l’autre grâce aux sources lumineuses qu’ils contrôlent. Ils se renvoient la lumière comme les répliques d’un dialogue.

Marcil dit avoir tenté d’éclairer de manière « organique ». Sous cet aspect, son mémoire atteint son but ; les corps fusionnent avec le rayonnement qu’ils produisent. Et comme le son et l’espace sont subordonnés à l’éclairage, le résultat se présente comme un tout, un questionnement, une expérience. L’expression corporelle, toutefois, semble parfois forcée ; l’impression d’une insistance sur l’émotion et la charge poétique persiste. On veut nous faire comprendre et réagir, et à cet effet, on met de côté une subtilité qui, peut-être, aurait créé un effet plus intéressant.

– Anaïs Savignac

Sombre Luminescence est une expérience, et perçu comme tel, il ne manque pas d’intérêt. Qui sait ce que l’idée même du contrôle de l’éclairage par les interprètes apportera au théâtre à l’avenir ?

Sombre Luminescence, au studio-théâtre Alfred-Laliberté de l’UQÀM, les 13, 14 et 15 juin à 20h.