Crédit photo : Gunther Gamper

C’est le cœur de la saison du Théâtre Denise-Pelletier. Sébastien David se charge de la mise en scène de l’adaptation de La société des poètes disparus de Tom Schulman, film mettant en vedette feu Robin Williams. Critique.

Les adolescents de l’académie Welton accueillent un nouveau camarade de classe et un nouveau professeur de littérature au début d’année scolaire. Dans cet établissement strictement réservé aux jeunes garçons, l’excellence et l’obéissance priment. Le professeur Keating, ancien de Welton lui-même, en entend autrement. Il enseigne à ses élèves la libre pensée, ce qui va bien sûr à l’encontre des valeurs du directeur de l’école. De plus en plus influencés par leur nouveau modèle, les jeunes reforment le groupe des poètes disparus dans lequel un Keating plus jeune était. En découle alors des péripéties rocambolesques et la progressive émancipation des jeunes.

Les répliques sont vives, les comédiens maîtrisent l’action, les décors sobres laissent le texte les emplir. Cette mise en scène emprunte notamment des codes du cinéma. À certains moments charnières, ou entre certaines scènes, un effet de ralenti s’impose comme on peut le voir parfois sur grand écran, le tout accompagné d’une trame sonore sentimentale. Au fond de la scène, un fond blanc permet de créer des ombres chinoises à partir des corps des comédiens. Les élèves de Keating se taquinent, s’envoient des moqueries bien affectueuses et rappellent cette époque du secondaire avec efficacité. D’ailleurs, le public le plus sensible à apprécier cette pièce doit être celui du secondaire et début du cégep.

Ce que je reproche à cette adaptation? Je crois que la mise à jour de la pièce est un échec. Peut-être que l’intention était de rester le plus près possible du texte original, cependant certaines répliques ont sans doute été modifiées pour faire rire. Sur ce point, c’était réussi. La foule répondait bien aux blagues et clins d’œil (venant souvent du personnage attachant de Steven Meeks). Malgré tout, la distribution excluait les personnages féminins à l’exception de Christine. Cette dernière avait d’ailleurs pour quasi seule réplique « T’es exaspérant ». Puisque nous sommes au Québec en 2019, j’aurais aimé voir le travail d’actualisation du classique en incluant une plus grande diversité (des filles, des autochtones, des personnages queers) dans la classe de Keating, ce qui n’aurait pas du tout changé le propos de la pièce. Au lieu de cela, nous avons eu droit aux bons vieux commentaires du professeur, comme quoi les femmes sont le seul objet du désir des garçons pubères.

La pièce, qui empruntait les codes de l’humour, finit par s’assombrir tout en laissant pointer un espoir ténu à la fin. Un bon travail des comédiens, qui savent porter le texte sans embûches et tout en crédibilité. Un milieu de saison tout en douceur et en rires pour le théâtre Denise-Pelletier.

Victor Bégin

La société des poètes disparus, du 20 mars au 26 avril au Théâtre Denise-Pelletier. Pour tous les détails, c’est ici.