Le temps s’est arrêté. Tout est figé. «Même [s]es cheveux ont cessé de pousser». Tout ce qui l’entoure est imprégné de celui qu’elle aime encore. Celui qui est parti. Chaque objet devient souvenir. Chaque millimètre de l’espace est chargé de sa présence et de son absence à la fois. Voilà « Ce qui est là derrière » : ce qui reste de l’amoureux perdu et qui empêche d’oublier. Geneviève Gravel-Renaud offre ici une poésie moderne, une prose poétique qui rappelle un journal intime ou un collage de photos de moments épars. On parcourt les états d’âme et les souvenirs de la narratrice à la vitesse où elle tricote, une maille à la fois, tout doucement.

Dans cet appartement pourtant familier, véritable « espace découpé en souvenirs détachables », tout lui est étranger. Elle est absente à elle-même, dans un état de manque et d’égarement. À travers ce brouillard, seule sa sœur, Marie-H., la tire de sa torpeur. Elle la ramène à la réalité, à une vie presque normale : «Elle retourne mes roches sur la table, ouvre les fenêtres et les armoires, me tend le bébé comme si j’étais une personne normale avec des bras et un corps chauds».

Au début du recueil, la narratrice cherche à préserver les traces de cet amour perdu : «comme une image fragile à retenir, à sauver de l’effritement». Cette absence devient omniprésente, presque un personnage à part entière. Avec le temps, la narratrice se résout à lâcher prise, à laisser partir celui qu’elle a tant aimé et à qui elle s’accrochait en vain. Elle nettoie enfin les traces : «j’ai ramassé les feuilles et j’ai fait un collage, à l’endroit où ton absence brillait, là où les cadres ont empêché le mur de jaunir.»

Les images de la poésie de Gravel-Renaud sont très douces. Ce n’est pas une écriture poétique musicale. Il n’y a pas de rimes, peu d’assonances ou d’allitérations, mais il se dégage de cette prose un silence presque mystique, comme si la narratrice vivait dans un temple à la mémoire de ses amours. Ce silence se traduit par le blanc des pages, où l’on trouve de petits paragraphes de texte centré dans un grand vide. Un recueil qui traite d’un sujet universel avec une touche de magie et de douceur qui fait du bien. Un gros câlin pour le cœur et l’âme.

-Julie Cyr