Dans une écriture brutale, un langage parfois vulgaire, et des images virulentes, Alexandre Dostie offre son premier recueil de poésie. Une poésie qui s’habille d’amour rough, d’un goût d’urgence et de joual.

Constitué de deux parties, « La faune » et « La fleur », que je me suis amusée à rebaptiser la brute et la belle, le recueil suit un tracé émotionnel et les aléas de la vie d’un être indéfini. Les premiers poèmes évoluent autour de l’image du mâle dominant, « la race de ces hommes à explosion », établi dans un ensemble de lieux [communs] : les bars, les motels, les dinners… C’est une recomposition de la vie dans un village et des déroutes ordinaires : boulot peu gratifiant le jour, beuverie la nuit et le sexe entre les deux.

La révolte, c’est ce qui maintient les textes dans une unité. Une révolte sourde et impuissante d’un personnage témoin qui s’adresse à de multiples « tu ». Un personnage qui observe, constate et qui lance des mots aux allures de maximes : «  le matin très tôt/pisser sur ses culottes et malgré tout/croire que tout ira bien. » Un début optimiste contrastant avec un ensemble placé sous le signe du tout va mal.

Dans « La fleur », cet observateur semble rajeunir à un âge où l’on peut encore croire. Il vacille entre un romantisme amer et une maturité forçée. Les textes touchent aux thèmes du premier amour et des premiers dérapages dans une violence inconsciente. Surtout, en fait, au premier amour, et le tu quitte sa pluralité pour ne s’adresser qu’à une personne. Cet émoi est teinté d’un aveugle dévouement et d’une intrépidité allant jusqu’à l’égarement dont la portée est condensée dans le poème « All in » : «  prêt à tout’ pour toé bébé/manger des claques/visser ton chum/saigner du nez. »

Le langage rural, rude et anglicisé du texte lui donne, au-delà de sa carapace de brutalité, une rythmique qui suscite l’impression que les mots claquent dans l’air et sont crachés sur le sol. C’est une musique qui martèle. Je retiendrai cette sensation d’éclatement.

Le recueil se clôt sur un poème significatif dont le titre « Genèse » renvoie à cette idée de retour en arrière, temporel (vu dans le passage d’une partie à l’autre), mais aussi spatial. On retourne à ce lieu de naissance qu’on n’a jamais vraiment quitté et dont on ne se défera jamais. Une fin somme toute résignée.

Rose Carine H.

Shenley, Alexandre Dostie, Éditions de l’Écrou, 2014.