Je ne sais pas exactement où me situer après la lecture de Sexe, amour et pouvoir : Il était une fois… à l’université, un collectif sous la direction de Martine Delvaux, Valérie Lebrun et Laurence Pelletier paru récemment aux Éditions du remue-ménage. Je ne sais pas si je devrais être apaisée par ces mots qui repassent en boucle dans ma tête et me rappellent que, si quelqu’un a pu en trouver d’aussi précis, d’aussi tranchants, je ne suis pas la seule à les avoir ressentis: « Une vérité inaudible et souvent indicible parce que difficile à croire, et honteuse parce que d’une certaine vulgarité. Une vulgarité dans laquelle on a été prises ». Je ne sais pas si je devrais être totalement terrifiée à l’idée de, justement, ne pas être la seule à avoir vécu des comportements sexistes à l’université qui a supposément comme mission première d’être un lieu sacré du savoir, une « cathédrale ». Je suis certaine, cependant, qu’il était temps que les voix de ces femmes, autant de « collectionneuses » d’histoires, dont vous trouverez les noms ci-dessous, deviennent comme une « chambre d’échos » dans l’espace public grâce à la publication de ce livre. Qu’elles décident enfin de rompre avec le silence, puis avec le statut de « fiction » que représentent les faits racontés, ensuite banalisés, au sujet des relations verticales entre un professeur et son étudiante.

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Les questions soulevées gravitent autour du consentement à l’intérieur du lieu clos qu’est l’université et la place du sexe, défini comme un pouvoir sexuel, intellectuel et économique, au sein de ce même établissement sachant que le professeur « supervise, corrige, évalue, fait partie du milieu dont l’étudiante elle-même fait partie en tant qu’étudiante et dont elle souhaite (dans bien des cas) faire partie à l’avenir comme chercheure, professeure. Le professeur fournit les contrats, ouvre la porte aux équipes et aux centres de recherche, facilite l’intégration dans des activités de colloques et de publications. Il siège aux comités d’attribution de bourses, à l’interne et à l’externe, dans les comités de rédaction de revues et de maisons d’édition. Il fait partie des comités d’embauche. Il représente tout ce que l’étudiante court le risque de perdre si elle se défile, résiste, s’oppose, refuse, dénonce… » Qu’ils s’agissent d’expériences vécues, entendues, ou appuyées sur des mythes comme celui de narcisse qui aime être contemplé, le collectif féministe – initialement colloque – montre qu’il y a un triple rapport de domination « où le masculin domine le féminin, l’aînesse domine la jeunesse et la position du prof domine la position d’étudiant » et dont la lourdeur résonne également avec d’autres agressions récemment dénoncées.

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Dans une structure qui valorise les hommes, davantage embauchés et publiés, il est nécessaire de repenser leur rôle au sein de l’institution puisque le pouvoir est, à certaines occasions, utilisé à des fins douteuses : l’étudiante en sort inévitablement perdante. « Il est facile, dans ce contexte où les étudiantes passent et où les professeurs restent, de répéter l’histoire comme si chaque fois elle était neuve, sans conséquence ». N’ayant pas encore écrit d’œuvre importante au cours de son passage à l’université, elle peut donc être remplacée sans difficulté. Il faudrait aussi cesser d’être inquiète en franchissant la porte du bureau, « cet espace où se mêlent le travail et l’intimité. Lieu ambigu où il est possible de ne pas bien savoir sur quel pied on nous demande de danser ». Le livre est intéressant en ce sens où il invite à discerner l’impact de ce genre de conduite, des mots qu’il est possible d’entendre quand les portes de l’ascenseur se referment derrière soi. Plus encore, à résister par diverses actions et réflexions.

Et en finir enfin avec le Il était une fois… à l’université.

Vanessa Courville

Sexe, amour et pouvoir : Il était une fois… à l’université, Martine Delvaux, Valérie Lebrun, Laurence Pelletier (dir.), Éditions du remue-ménage, 2015.

Avec les textes de : Isabelle Boisclair, Marie-Hélène Constant, Genevyève Delorme, Martine Delvaux, Catherine Dussault Frenette, Sandrine Galand, Gabrielle Giasson-Dulude, Martine-Emmanuelle Lapointe, Catherine Lavarenne, Valérie Lebrun, Catherine Leclerc, Valérie Lefebvre-Faucher, Kateri Lemmens, Eftihia Mihelakis, Anne-Martine Parent, Laurence Pelletier et Camille Toffoli.