Crédit photo: Sylvie Ann Pare

Séquence 8, la plus récente création du collectif Les sept doigts de la main, fait vibrer les murs de la Tohu en ce temps morne et gris. Ce spectacle n’en est pas à ses premières représentations; il a fait salle comble cet été lors du festival Montréal Complètement Cirque. Séquence 8 n’avait alors attiré que des éloges et on comprend pourquoi à peine les premières minutes du spectacle écoulées.

Fondé il y a dix ans à Montréal (bonne fête!), le collectif Les sept doigts de la main innove avec une approche très personnelle et centrée sur les interprètes. L’individu est la base de son travail de création. Ainsi, les artistes performants ne sont pas simplement des acrobates, ou des ‘’personnages’’, mais bien, sur le plan personnel, des éléments clés. Ils ne se contentent pas de raconter une histoire. Ils racontent leur histoire. Tout au long de la représentation, on apprend le nom des artistes, leur discipline, leur pays de naissance, on anticipe même leur réaction face à certains tournants du spectacle. Ainsi, on s’attache très rapidement à ces artistes (qui sont d’ailleurs charismatiques à l’os).

C’est avec une finesse, un charme et une humilité inouïe que les artistes nous servent le spectacle. Les numéros sont originaux (tsé, un numéro de trapèze qui simule, on suppose, une attaque de zombies). Les choix musicaux sont incroyables, justes et variés (on passe d’un quatuor de Dj français (C2C), à Party in the USA (Miley Cyrus), à une belle mélodie de piano (pour donner des frissons à ceux qui n’en étaient pas déjà engourdis)), le tout, dans la plus grande cohérence artistique. Les numéros de groupes sont particulièrement bien orchestrés. Et lorsque les artistes s’adressent à nous, ils nous font rire et réfléchir sur différentes notions du monde du spectacle: les spectateurs, les critiques, les interviewers, etc.

Et il y a ce qui est essentiel et formidable à l’art du cirque. LE RISQUE. Le spectateur, sur le bout de sa chaise, espère que l’acrobate ne rate pas sa triple-vrille-piquée-salto (??) et tombe de 20 pieds sur le cou. Le silence règne et quand la figure est accomplie (en synchronisme avec la fin de la musique, disons-le) les exclamations fusent de toute part, on crie, on applaudit, on est sincèrement soulagés. La dame derrière moi ne cessait de dire : « C’est fou, c’est fou, c’est tellement fou!», elle avait raison (et était un peu lourde à la longue). Cependant, ces créateurs souffrent d’une folie tellement ingénieuse. Le spectacle est décontracté, parfois drôle, parfois touchant mais toujours absorbant. On ressent que tout est calculé au quart de tour, dans ce brouhaha comique et spontané.

Bref, à la fin du spectacle, on est triste de ne pas avoir sept doigts par mains pour applaudir de plus belle. 

– Gabrielle Chapdelaine

Séquence 8, jusqu’au 17 novembre à la TOHU