Les films de science-fiction semblent avoir atteint aujourd’hui un grand clivage. Le box-office demeure dominé par les opéras d’effets spéciaux et par des orgies d’actions a gigantesque budget, qui sont, au mieux, très divertissantes (Gardians of the Galaxy et autres marveleries) mais dont les scénarios peuvent se retrouver assez insipides (la qualité de l’histoire dans Chappie et Jupiter Ascending, par exemple, est assez frappante). Il n’y a pas de mal à apprécier un film d’action imbécile sans grande histoire, mais les grandes réflexions se limitent à présent aux films de science-fiction à budget plus modeste, tel Ex Machina. Le réalisateur Tarsem Singh a justement l’habitude de naviguer entre des gros blockbusters idiots (Immortals) et les films plus modestes qui promettent une vision (The Cell). Sa dernière création, Self/Less, semblait être un entre-deux prometteur, avec ses vedettes, son budget limité et le concept de son synopsis.

Ben Kingsley campe Damien, un homme d’affaire immensément riche, qui a, bien entendu, obtenu sa fortune en démontrant un sang-froid de prédateur, contrairement à sa fille qui dirige avec beaucoup de succès une société sans but lucratif. Le pauvre homme a donc tout, sauf l’affection de sa fille et du temps pour régler ses problèmes relationnels, puisqu’il est affligé par un cancer généralisé. Il finit par trouver une solution, quand il découvre qu’une compagnie travaille secrètement à prolonger la vie des milliardaires en transférant leur conscience dans un nouveau corps, jeune, athlétique et soi-disant fabriqué entièrement en laboratoire. Damien va donc retrouver sa jeunesse dans la pimpante figure de Ryan Reynolds. Il découvrira également le prix de sa jouvence et partira en croisade pour réparer l’injustice causée par sa seconde chance dans la vie.

Le point de départ du film semble suggérer un thriller pessimiste et se transforme rapidement en un film d’action paranoïaque à la Bourne. Une telle histoire aurait pu, sans trop d’effort, creuser une réflexion sur la quête sans fin de l’immortalité, les dangers de la science et du clonage, le système de santé à deux vitesses, les répercussions biologiques et philosophiques du transfert de conscience, et bien plus. Mais on se contente ici d’avoir eu une bonne idée et de la faire traîner pendant presque deux heures. Une belle phrase ne fait pourtant pas un long métrage et le seul revirement de situation est non seulement très prévisible, mais également dévoilé dans la bande-annonce. Le film aurait pu se rattraper par sa deuxième partie; malheureusement, l’action n’y est vraiment pas au rendez-vous, du moins pas plus que deux-trois scènes de fusillade plutôt timides. Finalement, il semble qu’on n’ait jamais décidé si on voulait un film qui repose sur le scénario ou sur l’action et le spectateur se retrouve avec un hybride qui fait les deux assez mal. Il fut un temps, Self/Less aurait pu passer pour un film de série B potable, mais il est maintenant, au mieux, un film générique assez moyen.

Boris Nonveiller

Self/Less (Im/Mortel en version française) de Tarsem Singh est à l’affiche au Québec depuis le 10 juillet.