Let’s talk about time travelin, rhyme javelin

– Andre 3000

C’est un fait, le hip-hop est un monde dans lequel le narcissisme est la norme. Daniel Glover alias Childish Gambino n’y fait pas exception, si ce n’est que son culte du soi semble encore plus prononcé que chez ses semblables. La chose peut être agaçante, mais il est permis de supposer que le rappeur (aussi comédien pour le réseau américain NBC) s’est créé un alter ego ‘geek’ et obsédé versant volontiers dans l’outrance et le rejet de toute forme de censure. À moins que, comme Kanye West, la personne soit aussi arrogante que l’artiste? Quoiqu’il en soit, suffit d’écouter quelques chansons de son plus récent album, Camp (sorti en 2011) pour constater que Gambino ne fait pas dans la demi-mesure en termes d’extravagances verbales. Rien de nouveau dans la bulle hip-hop, dira-t-on. Effectivement, si ce n’est que, contrairement à une majorité de MCs, Gambino surprend par l’énergie qu’il déploie ainsi que par la complexité de ses textes (bien que les thèmes qu’il aborde (c’est-à-dire l’argent apparemment inépuisable dont il dispose, la toute-puissance de son sex-appeal, des groupies à l’infini le pourchassant, le sexe, le sexe, le sexe) n’aient rien de nouveau). Textes réfléchis, travaillés, faisant parfois sourire parce que criblés d’énormités et de confiance en soi (‘Gambino is a mastermind, fuck a bitch to pass the time (…) these girls be actin’ crazy when dancin’ Black Swan, I ain’t fuckin’ at the club, put your clothes back on‘), crus, l’artiste les envoie avec un aplomb rafraîchissant, une énergie telle une rage trop longtemps contenue et déferlant enfin. Le tout sur des beats riches, complexes, qu’ils soient smooths ou trashs. 

Freaks and Geeks, Do Ya Like et BonFire, pièces à l’origine du buzz entourant l’artiste, donnent une bonne idée du son Gambino. Reste à voir s’il saura éventuellement s’extirper de ses thèmes favoris (et de ses infinies références à Rihanna) pour éviter de tourner en rond, comme le fait si bien ce hip-hop des années 2000, obsédé par son petit nombril. 

– Francis Lussier