Ma mère est en train de mourir… Pis j’ai des poux… Fuck. »

– Anna

Dur de parler du cancer sans tomber dans le cliché. C’est qu’on a (malheureusement) presque tous connu quelqu’un qui en a souffert. Que ce soit chez un grand-père, une tante, un frère, un collègue ou même un voisin, on a pu être témoin de cette maladie. Dans Scratch, c’est la mère d’Anna qui en souffre. Et qui va en mourir bientôt.

Anna, c’est une jeune adolescente pleine de poux, d’envies sexuelles assez envahissantes merci et de déni. Beaucoup de déni. Devant la souffrance de plus en plus présente de sa mère, tout devient prétexte à la fuite : ses multiples (et vaines, tellement vaines) tentatives de se débarrasser de ses poux, le mauvais poète (Robin-Joël Cool) engagé pour faire à manger à sa mère, les moments passés avec sa tante (Micheline Bernard) qui éloigne son entourage à coups de bonté maladroite, la conversation avec son père (Henri Chassé) sur la mort imminente de sa mère détournée vers les seins de Britney Spears… Un tour de force d’Émilie Cormier, qui joue vraiment à merveille ce refus de ressentir d’Anna, cette envie de vivre tout sauf cette épreuve.

Dans un texte sensible et très bien construit de Charlotte Corbeil-Coleman, traduit et mis en scène par Sébastien David, on découvre la fin du monde d’Anna, mais aussi de son entourage. Plus que jamais, cette pièce éclatée met de l’avant le côté dévastateur de la maladie : si chacun vit ce drame à sa façon (et le rappelle à maintes reprises), c’est l’histoire d’Anna qui est racontée. Mais on aperçoit les bribes de la douleur immense du père, le cheminement difficile de la sœur de la mourante et aussi de Madeleine, l’amie d’Anna. Très juste, ce personnage met en lumière l’épreuve toute aussi déchirante que vit l’ami assez proche pour être éclaboussé par la douleur de la famille, mais pas assez pour oser quelque action que ce soit. Une belle démonstration d’impuissance joué avec brio par Marie-Ève Milot.

C’est à travers les reniflements et les rires de la foule que Scratch a pris fin. Dans une ovation monstre, l’excellente production de La Bataille a été encensée à sa juste valeur. Une pièce à voir pour sa sensibilité, mais surtout, sa justesse.

– Mélissa Pelletier

Scratch, à la Petite Licorne jusqu’au 2 mai 2014

Texte : Charlotte Corbeil-Coleman

Traduction et mise en scèn : Sébastien David

Assistance à la mise en scène : Tania P. Viau

Avec Micheline BernardHenri ChasséRobin-Joël CoolÉmilie Cormier, Marie-Ève Milot et Monique Spaziani

Décor, costumes et accessoires : Patrice Charbonneau-Brunelle

Éclairages: Catherine Comeau

Musique: Antoine Bédard