Après avoir lu ce texte, peut-être serez-vous plus attentif la prochaine fois, dans le métro ou dans les grands marchés de Montréal, à tous ces musiciens itinérants qui pullulent dans la métropole. Il est vrai que les perles sont très rares, mais il nous arrive parfois de tomber sur un diamant, un vrai, un brut.

Plus qu’un simple musicien itinérant, Scott Dunbar ne passe pas inaperçu. Originaire de Prince George en Colombie-Britannique, ce montréalais d’adoption s’accompagne de sa guitare ou de son accordéon, et chante un blues authentique en marquant la mesure avec ses pieds : à coup de pédale sur une vieille valise et au bruit d’une grosse chaîne rouillée entourée à sa cheville gauche tapant sur une tôle à biscuit. Oui, oui, une tôle à biscuit ! Orchestre bizarroïde et on ne peut plus modeste direz-vous, certes, mais diablement efficace.

Évidemment, ce simple appareil teinte la musique de Scott Dunbar de minimalisme, mais c’est inversement proportionnel à sa foudroyante authenticité. Il suffit d’entendre son chant pour le constater. Timbre de voix polyvalent se promenant aussi bien dans les aigus que dans les basses, souvent nasillard à la Dylan, jouant entre la douceur et le déchirement avec un naturel désarmant. Bref, une âme de poète de route, sans toit ni barrière, profondément libre, qui habite sa musique et nulle part ailleurs.

Celle-ci mélange le blues, le roots folk et le country, avec des relents reggae ici et là, le tout servi juste assez sale. Ça sent l’asphalte, le sable, les bars, les bières et les clopes, l’amour et ses peines, les regrets et l’espoir. Ça peut sembler répétitif à la longue, mais qu’est-ce que le blues sinon la répétition et la réécriture mélancolique des marées de l’âme humaine? L’efficacité et le charme de Scott Dunbar règnent dans sa démarche D.I.Y. (Do it yourself !), son honnêteté et son intensité.

Après un premier album, An awful racket, qui donnait l’impression d’un premier jet enregistré avec un seul micro dans un appartement, en un seul avant-midi ; Dunbar nous offre maintenant un double album, Two years to live, qui regroupe plusieurs enregistrements des deux dernières années et qui, cette fois, ont bénéficié d’une bien meilleure prise de son. Dunbar a ajouté quelques voix, un peu de piano et de banjo, mais ça reste minimaliste : valise, chaîne, guitare, accordéon et chant.

Les écoutes répétées de cet album m’ont rapidement convaincu du remarquable talent de Scott Dunbar et il ne faudrait pas se surprendre si son étoile se met à briller davantage dans les temps à venir.

– François-Charles Lévesque

Scott Dunbar – One man band / Philosophies of a moth vol.3 : Two years to live (disponible en format numérique à l’adresse ci-dessous)

En spectacle dans le cadre du Festival de musique solitaire à la Casa del Popolo (4873 St.-Laurent, Montréal) samedi le 19 mai 2012.

http://scottdunbar.wordpress.com/

http://scottdunbaronemanband.bandcamp.com/