Le Théâtre Outremont présente la pièce Scotstown mettant en vedette nul autre que son auteur Fabien Cloutier. Créée en 2009, cette pièce s’est valu le prix Coup de cœur des festivaliers du volet Zoofest du festival Juste pour rire en 2010. Elle a également été traduite en anglais et interprétée par Hubert Proulx, cet été, dans le cadre du Zoofest 2014. Dans l’ambiance du petit Outremont, Fabien Cloutier reprend les rennes du chum à Chabot, un personnage «nourri par ses préjugés», et dont le langage cru et vulgaire risque de chatouiller les oreilles chastes.

Dans ce conte moderne, entremêlé de surnaturel et frôlant le psychédélisme par moment, le chum à Chabot nous raconte des anecdotes tant cocasses qu’insolites. Originaire de Scotstown, une ville en haut de Mégantic dans les Cantons-de-l’Est, il nous raconte sa virée à Montréal une veille de Noël alors qu’il cherche son chum Chabot parti probablement «fourrer une grosse». Ou alors, il se rend à St-Bernard-de-Beauce rendre visite à un cousin, oppressé par l’odeur nauséabonde de «marde de porc» qui accompagne sa route. Un week-end qui tourne mal. Une histoire d’une violence inouïe que le chum à Chabot se remémore avec émoi. Car oui, malgré sa rudesse, ses airs de brute et ses histoires répugnantes, le chum à Chabot est muni d’émotions qui le rendent attachant. On suit d’ailleurs son évolution, passant du personnage enfermé dans ses préjugés à celui qui s’attendrit devant une famille russe ou s’éprend d’une belle Africaine.

Natif de la Beauce et originaire des Cantons-de-l’Est, Fabien Cloutier s’engage à livrer cette langue qu’il qualifie «d’épinette pleine de nœuds»*, ce qui la rend noble exactement pour cette raison. La grossièreté de la langue est parfois déstabilisante, tout autant que la caricature incisive du monde de région, parce qu’on semble être toujours en présence d’êtres naïfs, ivres morts et exempts de bonnes manières.

En somme, Fabien Cloutier maîtrise parfaitement l’art du conte, nous présentant une pléiade de personnages tous aussi originaux les uns que les autres. Il nous fait naviguer d’une situation accablante à une situation loufoque. On assiste à un trip hallucinogène (un chien qui parle, le diable, un chevreuil qui fait un thumb’s up…) et l’instant d’après, on est de retour dans le paisible Scotstown.

Ça déménage à Scotstown, c’est le moins qu’on puisse dire. Un humour décapant, mais tellement drôle. Une prestation à voir absolument.

Scotstown se termine le jeudi 4 septembre, mais sera suivi de Cranbourne, présenté au Théâtre Outremont du 9 au 11 septembre. Les deux pièces seront également offertes en programme double, lors de trois soirées. Ainsi, les 6, 12 et 13 septembre, vous pourrez voir en première partie Scotstown, suivi de Cranbourne.

– Edith Malo

*Propos recueillis dans une entrevue accordée à Christiane Charrette (été 2014-Épisode 19)