Crédit photo: Matthew Fournier

Scalper : dépouiller du cuir chevelu, de la chevelure. Symbole pour lui de force, pour elle, de féminité. S’en prendre expressément à la dignité d’autrui. Dans certains cas, c’est plus métaphorique que d’autres.

Présentée par Bienvenues aux dames! depuis le 24 janvier à l’Espace Libre, Scalpée introduit le spectateur dans une période chaotique de la vie de trois individus ayant, jusque-là, toujours vécu dans une ignorance accommodante. Les personnages reçoivent de plein fouet, et au visage, une réalité d’autant plus décevante. Que leur décalage soit le résultat de la fuite, d’une confiance aveugle ou d’une existence par procuration, leurs vies se tiennent à un tournant décisif.

La violence de la réaction d’une victime n’est pas nécessairement proportionnelle à l’ampleur du mal qu’on lui a infligé. Certaines personnes font preuve d’une force tranquille qui amoindrit la culpabilité des témoins silencieux. Trois personnes sont écorchées à vif dans cette pièce et pourtant pas une minute, on ne ressentira d’empathie entre eux, sinon peut-être de la part de la plus dépouillée de tous. Cette impression de distance se ressent également à travers le jeu des acteurs. Le langage soutenu, littéraire, conforte le spectateur dans une prise de conscience détachée d’une réalité concrète. Mais cette distanciation justement, rappelle à l’ordre : «C’est pas bête tout ça, à dire vrai, je suis conscient de la problématique, de la crise qui fût son paroxysme et ça me touche, dans la mesure où je n’aimerais pas être dans cette position, mais je ne bouge pas pour autant. Je ne suis pas directement confronté à la situation. C’est un spectacle, c’est un documentaire, c’est le téléjournal de 18 heures.»

Bien que le conflit d’Oka soit au centre de l’intrigue, que l’action évolue autour de ses enjeux et conséquences, c’est plutôt l’humain, ses interactions et son égocentrisme, qui poussent vers les pires bassesses, qui sont remis en cause.

Ça fait beaucoup de choses à gérer par moments, mais c’est, sans l’ombre d’un doute, l’effet recherché. De la plume acérée d’Anne-Marie Olivier aux choix de mise en scène de Véronique Côté (et mention spéciale à la direction artistique), tout est trop en contrôle pour que cela ne soit pas intentionnel. Une expérience, insolite oui, mais qui fait réfléchir.

Et si vous n’avez pas une minute de répit d’ici le 9 février, sachez que Bienvenues aux dames! présentera également Scalpée au Théâtre de la Bordée en mars 2013. À surveiller.

– Vickie Lemelin-Goulet