Réalisé par Amy Miller, Sans terre, c’est la faim nous met en contact avec une réalité qui, sans nous être inconnue, nous est éloignée : l’appropriation massive des terres agricoles par des investisseurs étrangers.

Quand on pense au dépouillement de l’Afrique par les instances politiques et industrielles de ce monde, nous viennent immédiatement à l’esprit le pétrole et les diamants, mais le fait est que, malgré les images véhiculées à travers le monde (je pense entre autres à Vision Mondiale) l’Afrique jouit d’un grand potentiel agricole. Après tout, n’est-ce pas le berceau de l’humanité?

2008. La crise économique mondiale, de laquelle découle ensuite une crise alimentaire, ouvre les yeux aux pays industrialisés : ni le pétrole, ni l’argent, ni les armes, ni le nucléaire, ni la technologie ne se mangent… Or, sans nourriture, toutes ces acquisitions deviennent dérisoires.

Ayant troqué leur terres par des usines, manufactures et autres civilités, décideurs et investisseurs se tournent vers les territoires demeurés «vierges» qu’ils acquièrent grâce à leur  suprématie financière. Leur expansion devient si imposante qu’elle devient, en 2010, le second plus gros problème des pays comme le Mali. Mais, comment a-t-on pu laisser la situation se détériorer à ce point? Parce que le premier problème, c’est la corruption du gouvernement. Je donne ici l’exemple du Mali, mais Miller vous mène à la rencontre de différentes cibles de cette tendance, de l’Europe de l’est à l’Asie.

Des promesses non honorées aux expulsions par la force : les acquéreurs s’approprient les terres des paysans pour se livrer à la monoculture et sa promesse de profits. Sans terre, les paysans sont contraints de travailler pour ceux-là mêmes qui les ont dépossédés. Un salaire de misère, qui les brime dans leur pouvoir d’achat, de nourriture par exemple, alors qu’ils s’autosuffisaient autrefois, parvenant même à vendre leur surplus pour se vêtir et éduquer leurs enfants.

Mais cette situation, déjà déplorable, n’affecte pas seulement les déportés, elle a également un impact environnemental considérable. L’élevage devient impraticable sans pâturages, la pêche est également menacée, les monocultures, vous vous en doutez, ne s’entretiennent pas à l’ancienne mais bien à coup d’insecticides et autres produits chimiques qui se déversent dans les cours d’eau avoisinants.

Et tout cela pour quoi? De l’huile de palme? Du sucre? A-t-on déjà entendu parler d’un régime basé sur ces aliments? Par leur anéantissement de la variété, comme  la coupe à blanc d’arbres fruitiers qui assuraient la consommation personnelle des habitants,  l’argument des politiciens et chefs d’usine de vouloir mener leur pays à une autosuffisance alimentaire tient difficilement la route. Il semble davantage que les décideurs des pays saignés à blanc depuis des siècles n’aient rien appris des erreurs de leurs exploitants, à savoir que la terre, c’est la vie.

Un documentaire éclairant sur une sombre réalité, Sans terre, c’est la faim, vous invite à réfléchir à long terme et à propager l’information, c’est déjà un pas dans la bonne direction.

À l’affiche à l’Excentris jusqu’au 23 janvier!

http://cinemaexcentris.com/Sans-terre-c-est-la-faim-No-Land

 

Vickie Lemelin-Goulet