Si pour vous l’automne signifie le retour des couvertures en laine et des après-midis passés à lire et à rêvasser sur le canapé, j’ai pour vous le compagnon de route idéal. Il s’agit de Sans ménagement (confidences) de Josée Blanchette, chroniqueuse au Devoir depuis déjà 20 ans. Sans ménagement offre une sélection de chroniques à découvrir ou à redécouvrir qui varient selon l’air du temps, et qui sont ici réparties en cinq chapitres allant de sa rencontre avec les extrêmes jusqu’à sa relation avec le rôle de mère, de femme, de fille, d’amante. On y trouve autant de lettres adressées à des personnalités publiques ou des amis proches que de bilans d’étapes de vie, en passant par un dialogue de livres usagés entassés dans une bouquinerie parisienne et une critique gastronomique qui parle de tout sauf de bouffe.

Mais bien qu’elles s’inspirent de l’actualité, ces chroniques sont intemporelles : jamais ne se démodent les questions sur le rapport à la mort, la signification du mariage dans la société, ou encore le passage à l’âge adulte. La gamme des sujets abordés est vaste mais revient toujours vers cet espace personnel que « Joblo » partage avec ses lecteurs, celui où elle livre ses expériences et ses pensées sans chercher à s’imposer comme un modèle à suivre. J’ai été touchée par l’honnêteté de cette femme qui n’a pas peur de prendre la vie à bras le corps, tout comme j’ai ri sous la force de sa plume vive, imaginative et d’une grande efficacité. Entre patois urbain et collection d’expressions paternelles, la langue employée sert merveilleusement le propos et donne du style aux coups de coeur – ou de gueule – de l’auteure. Mais le village dont elle s’entoure est tout aussi digne d’intérêt. On dit souvent qu’on ne choisit pas sa famille; pourtant, Josée Blanchette semble avoir entouré la sienne d’une solide équipe qui constitue sa famille élargie et qui l’accompagne dans ses questionnements et ses aventures.

La présentation visuelle du livre constitue un autre de ses atouts. Agrémenté de photos de Jacques Nadeau, complice de longue date de la chroniqueuse, le recueil est aéré et invite par son graphisme même à prendre une pause et à réfléchir aux implications de ce qui est partagé. C’est donc dire que ce livre tout indiqué pour la dégustation, car comme pour le meilleur des mets, la meilleure des chroniques ne se laisse pas engouffrer en trois minutes top chrono.

– Chloé Leduc-Bélanger

Sans ménagement (confidences), Josée Blanchette, Flammarion Québec