Samedi dernier, le Théâtre Fairmount a accueilli le groupe parisien Salut c’est cool, quatre hurluberlus aux coiffures déjantées qui ont transformé le concert en véritable rave party.

La première partie a été assurée par les deux Montréalais Beaver Sheppard et David Whitten du groupe Country. Très énergique, ce duo revendique une musique appartenant au Sleaze Wave, du glam métal pop-électro complètement fou.

Pendant que Country offrait une belle prestation, plusieurs membres de Salut c’est cool se promenaient dans la salle. J’ai pu en attraper un au passage et il a accepté de me conduire en coulisse pour répondre à quelques questions. Dans les loges, c’était déjà l’euphorie, mais James et Louis ont répondu du mieux qu’ils le pouvaient à mes questions improvisées. Leur musique n’entre dans aucune catégorie, c’est un mélange d’électro-punk et de techno bordélique et poétique, mais d’après James, ils font de la « dance music qui a pour but de faire danser les gens! ». Leur style exacerbé de hipster allumé et leur attitude un brin je-m’en-foutiste pourraient être perçus comme une stratégie commerciale, une volonté de s’inscrire dans un cadre tellement hors-norme qu’il pourrait devenir normatif. Mais Louis n’est pas de cet avis et m’explique : « il n’y a pas de méthode, on fait la musique que l’on aime et on ne se revendique pas comme hipster. On s’est toujours habillé comme ça. Nos coupes de cheveux, c’est juste parce qu’on kiffe ça. » Totalement indépendants, ces quatre anciens étudiants en arts arrivent désormais à vivre de leur folie musicale.

Les voici enfin sur la scène, tous les quatre, tout aussi amusés que nous par cette fête aux allures de goûter d’anniversaire pour « adulescents ». Des enveloppes nous ont été offertes avec à l’intérieur… rien du tout. Est-ce une façon de tourner en dérision l’aspect fanatique présent dans les milieux artistiques? Ou bien est-ce peut-être tout simplement une blague enfantine qu’il faut prendre au troisième degré. Les premiers sons de la chanson Salam Aleykoum résonnent comme une invitation à une grande messe. Les disciples ne peuvent plus se contenir, ça saute dans tous les sens et tout le monde est déjà pressé de monter sur scène. En cinq minutes, une trentaine de personnes dansent avec James, Louis, Martin et Vadim. Les fans sortent leur cellulaire pour quelques photos souvenirs et chantent à l’unisson. La sécurité doit intervenir plusieurs fois pour faire descendre les spectateurs, mais les rappels à l’ordre sont très vite écartés. C’est un joyeux bordel, une masse énervée de personnes en tous genres, venues juste pour le plaisir de ne pas se prendre au sérieux pendant quelques heures. Le charisme et la prestance de ces jeunes hommes sont si forts qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent de nous. Comme le titre d’une de leur chanson, La purée, nous sommes malléables à l’infini, ils nous ont moulinent le cerveau en nous invitant dans leur univers foutraque.

Le concert a duré près de 2 h 30. Ils ont continué à mixer, on ne savait plus si c’était leur son, ou quelque chose de totalement improvisé, mais peu importe, c’était  jouissif.

La musique de Salut c’est cool nous emmène dans un monde où la matière n’existe plus. Il n’y a rien à comprendre, il suffit juste d’entrer dans leur jeu et de se laisser contaminer par leur exubérance. Ça a été un show mémorable et tout le monde a eu droit à sa part du gâteau.

Tiphaine Delahaye