Image tirée du film Pinocchio.

Les Rendez-vous du cinéma québécois font une très belle place au documentaire cette année et pour cause! Autant les courts que les longs métrages documentaires présentés depuis le début du festival sont de grande qualité. Le Québec est reconnu depuis longtemps pour la qualité de son cinéma-vérité et ce n’est visiblement pas sur le point de changer.

Quand ferme l’usine de Simon Rodrigue : retrouver la « qualité ONF »

J’ai grandi tout près d’une usine de pâtes et papiers, j’ai appris à faire de la bicyclette dans le terrain vague à l’arrière et, donc, dès qu’il est question de pâtes et papiers, je monte le son de la radio ou, dans le cas qui nous intéresse, je cours voir le film. Lundi dernier, les RVCQ présentaient Quand ferme l’usine de Simon Rodrigue.

Un film produit par l’ONF et dans la plus pure tradition de l’agence culturelle : des images de grande qualité, un sujet socioéconomique d’importance nationale, des entrevues avec des travailleurs locaux et des images d’archives. Assurément, Rodrigue connait le cinéma des pionniers de l’ONF et il s’inscrit avec Quand ferme l’usine dans une filiation qui lui réussit parfaitement.

Depuis les années 1980, les travailleurs des usines de pâtes et papiers de l’est du Canada ont dû composer avec une précarité qui était impensable au moment des débuts cette industrie. Le réalisateur se concentre sur trois villes de la région et interview d’anciens ouvriers pour mieux comprendre comment s’est vécue et se vit encore cette crise de l’industrie forestière.

Les hommes interviewés parlent avec émotion et intelligence de leur vie à l’usine et du vide ainsi que des déboires qui ont suivi les fermetures. Le décalage est grand entre l’avant et l’après : quand ça va bien à l’usine, il y a de la fierté et des rires et plus d’enfants; quand ça ne va plus, c’est l’exode pour plusieurs, la précarité pour les autres et les familles s’éloignent.

Le film est ponctué de magnifiques images d’archives de l’ONF, filmées au fort de l’âge d’or des pâtes et papiers au Québec. Loin de servir une fonction esthétique, elles témoignent de l’essor de cette industrie, de la fierté que celle-ci générait et des luttes syndicales qui ont suivi.

Quand ferme l’usine de Simon Rodrigue sera en tournée à travers plusieurs villes du Québec à partir d’avril. Allez-y pour entendre ces hommes émouvants, pour les 5,9 millions de Québécois qui vivent encore dans des communautés dépendantes de la forêt et pour cette forme caractéristique du cinéma documentaire de l’ONF.

Pinocchio d’André-Line Beauparlant : de l’enquête familiale à la quête universelle

 Le film d’André-Line Beauparlant s’amorce comme une autre sorte de classique du documentaire : le film de famille. Dans un décor des années 1970, un frère et une sœur regardent la caméra, jouent dehors, se baignent. C’est la réalisatrice et son frère. On comprend rapidement que le petit frère Beauparlant est un beau parleur pris dans on ne sait quelle magouille ni quelle menterie et que la grande sœur veut le comprendre, le retrouver, le confronter.

André-Line Beauparlant (Trois princesses pour Roland, Le petit Jésus), confirme son talent et son style avec Pinocchio. Elle brasse encore une fois son arbre généalogique pour réaliser un documentaire intimiste.

Éric, son frère, charmant, blagueur, mais terriblement fuyant épuise sa famille à coup d’histoires nébuleuses et de demandes d’argent. Pourtant, la colère et l’épuisement d’André-Line Beauparlant font vite place à la tendresse et à l’humour. Le propos du film réside bien plus dans cette tendresse que dans l’enquête menée par la réalisatrice. Il est plus question d’amour filial que de mensonge. Au-delà des efforts pour comprendre qui est vraiment son frère ou s’il travaille réellement sur des bateaux à travers le monde, on se rend bien compte que ce qui importe c’est la tendresse dans le rire de la sœur qui dit à son frère au téléphone : « Bon, faque t’as besoin de 300$ ».

Le cinéma de Beauparlant est une leçon bien particulière et importante. Le plus intime des dilemmes pose souvent la plus universelle des questions. Avec Pinocchio, André-Line Beauparlant demande sans répondre : jusqu’où on peut croire ou on veut croire un fils, un frère, un ami ? Et ne plus le croire change-t-il quelque chose à l’amour qu’on lui porte?

Maude Levasseur

Quand ferme l’usine de Simon Rodrigue était présenté dans le cadre des RVCQ le 22 février dernier à la salle Jean-Claude Lauzon de l’annexe du Pavillon Judith-Jasmin de l’UQAM.

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Pinocchio d’André-Line Beauparlant était présenté dans le cadre des RVCQ le 23 février dernier à la salle Jean-Claude-Lauzon l’annexe du Pavillon Judith-Jasmin de l’UQAM.

Pour la programmation complète des RVCQ, c’est ici.