Image tirée du film Le cours de natation d’Olivia Boudreau 

Nous le savons, les Rendez-vous du cinéma québécois ont été lancés jeudi dernier. Sorte de mosaïque ou de compilation de ce qui se filme au Québec, il y a beaucoup à voir ou à revoir, peut-être trop même… Du moins avec huit programmes de courts métrages sans compter les programmes « thématiques », c’est énorme pour la scène québécoise du court métrage et il faut s’attendre à tout…

Le programme thématique présenté vendredi comptait six films prétendument réunis autour de la question du genre féminin. Fumiste le thème, il faut le dire. Il y avait bien une actrice dans chaque court métrage, mais la question du « genre » n’était posée nulle part et celle du « féminin » non plus. Nommer un programme de films, c’est créer des attentes, tout de même : imaginons un programme nommé « documentaires » où il ne serait présenté que des fictions… Ce pourrait être parce que les courts sont tous faits par des réalisatrices, me direz-vous… eh bien non : quatre hommes et deux femmes pour le « genre féminin ». Mais bon, passons pour l’instant sur ce manque de sensibilité de la part de l’équipe de programmation et jasons cinéma.

Entrée en matière légère

La séance s’ouvrait sur un film de Vincent Ethier. A Love Story est une histoire d’amour déjantée entre un poisson et un loup. Le film de quatre minutes est rigolo et les dessins en noir et blanc évoquent certaines bandes dessinées américaines, Robert Crumb et Victor Moscoso, entre autres. Léger et agréable comme lire les bandes dessinées dans le journal du samedi.

Trois films franchement mauvais, un classique du genre et un chef d’œuvre

D’abord, discutons du pire. Le dérailleur de Martin Thibodeau est, de l’aveu même du réalisateur, une improvisation dans un lieu pigé au hasard. Un lendemain de « one night stand » dans un magasin de vélo. Le résultat est insupportable : une caméra nerveuse, des cadres aussi improvisés que les dialogues et une réalisation tout à fait amateur. Un exercice qui aurait pu demeurer dans la « filière treize » de Thibodeau.

Aestas de Guillaume Comtois est réalisé avec plus de soin et ses images sont, bien entendu, beaucoup plus travaillées, mais les dialogues sont forcés, les acteurs mal à l’aise et le scénario tarabiscoté. Un homme sauve une adolescente de la noyade, elle disparait, réapparait prétendant être la copine de l’homme, copine disparue depuis le matin… L’homme est de plus en plus troublé par toute cette affaire. Le film est un suspense tellement inintelligible qu’il suscite le rire plutôt que l’angoisse.

Enfin Tragedia, de Paul Carrière, un film qu’on voudrait aimer sachant qu’il a fallu dix ans pour le peaufiner. Dans l’état d’alerte qui suit un énorme incendie, un bénévole responsable des mesures d’urgence aide une femme qui cherche son fils. Tout dans ce court donne l’impression d’un épisode de série dramatique québécoise. La tournure dramatique est prévisible dès les premières minutes, et la chute n’en est donc pas une. Très décevant.

Plus réussi, Être elles ne révolutionne pas le genre, mais fait sourire, même rire et a le mérite d’être simple et efficace. Joanne est une femme de ménage particulière et il faudra voir le film pour savoir en quoi. Le scénario se déplie subtilement et la chute est assez surprenante et drôle. Un court métrage classique dans le genre avec une finale étonnante.

Enfin, Le cours de natation d’Olivia Boudreau sauve la séance. Un film sensible et profond sur un traumatisme ordinaire de la vie d’une enfant. Le traitement est magnifique; la caméra est à hauteur de l’enfant et observe avec elle tout ce qui se passe autour. Rien de superflu ici, juste le regard de cette fillette en maillot à la piscine. Délicatement, le film révèle le trouble de l’enfant, sans dramatisation avec un déploiement d’une très belle justesse. Olivia Boudreau est assurément une artiste à surveiller.

Quelle idée étrange que celle d’un programme dédié au genre féminin avec plus de cinéastes hommes que femmes et aucune réflexion sur le genre?

Si la chaine Moi et Cie présente une série entière sur les jeunes transgenres peut-être que les Rendez-vous du cinéma québécois doivent faire mieux que de réunir des courts métrages sous le thème: « il y a une femme dans chaque film ».

Maude Levasseur

Le programme Genre féminin était présenté dans le cadre des RVCQ le 19 février dernier à la Cinémathèque québécoise.
Pour la programmation complète, c’est ici.