C’est entre une boîte de déménagement et une séance de coaching que je me suis faufilée aux Rendez-vous du cinéma québécois pour me rincer l’œil . Je dois en faire la confession: j’adore suivre les acteurs de ma génération. Au festival, j’ai pu voir beaucoup de premiers long-métrages de plusieurs réalisateurs. Au stade où la signature n’est pas encore tout à fait établie, mais l’énergie est bien là, présente, vivante.

Speak Love

De tous les films que j’ai vu durant le festival, celui-là est le plus clair et le plus différent au niveau visuel. On sent bien que ce film en noir et blanc aux quelques touches de couleur n’est que le début d’une belle carrière pour Emmanuel Gendron-Tardif. C’est à une véritable leçon de cinéma que l’on assiste. Sans être scolaire, Tardif révèle des plans sublimes, bien supportés par les actrices Milya Corbeil-Gauvreau (Les Rois Mongols) et Léa Roy (L’académie). Dans cette œuvre-poème, on suit le parcours urbain de deux filles qui se questionnent sur la vie et l’amour.

J’aime apprendre de mes pairs, ça me donne espoir en l’avenir. Je sens aussi un désir, dans ce film, de se détacher du populaire, mais non pas pour être dans la marge ou pour suivre la mode du moment. Non, j’ai plutôt l’impression qu’il y a une véritable recherche d’une nouvelle façon de raconter une histoire au public. Les grands sages disent toujours que rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Encore faut-il être assez ingénieux pour réutiliser les ressources. Et comme à chaque nouvelle vague de jeunesse, on se surprend soi-même.

Une colonie

Ce film de Geneviève Dulude-Decelles remporte les honneurs partout où il passe. C’est mérité. Ce premier long-métrage est d’une authenticité surprenante. On y suit Mylia (merveilleuse Émilie Bierre) dans son passage à l’adolescence. Lorsqu’elle rencontre un jeune autochtone, interprété par Jacob Whiteduck-Lavoie, sa vie change totalement. Je tiens à donner une mention spéciale à la toute naturelle et drôlement tannante Irlande Côté.

Ceux qui me connaissent savent que j’éprouve une sympathie toute particulière envers les personnages lorsque je regarde un film et que je ressens tous les malaises de façon décuplée… Si on avait été chez moi, j’aurais sûrement fondue en boule sur la moquette. Des scènes marquantes d’anti-conformisme.

Par ailleurs, il faut souligner le simple fait que c’est une réalisatrice, une femme, qui a tenu la barre de ce projet. Par curiosité, j’ai étudié le catalogue des films présentés aux Rendez-Vous Québec Cinéma 2019. Et pour les long-métrages de fiction, il y a encore du chemin à faire : seulement le 13 a été réalisé par des femmes. Est-ce représentatif du milieu ou simplement des choix de la programmation? Heureusement, le girl power se rattrape un peu avec les documentaires et les court-métrages. Des petits pas lents. Qui sait, peut-être qu’un jour nous dominerons le monde (mouhahahaha)!

D’ici là, je vous suggère quelques œuvres de fiction de réalisatrices : Chien de garde (Sophie Dupuis), Charlotte a du fun (Sophie Lorain), Impetus (Jennifer Alleyn), Sashinka (Kristina Wagenbauer), Tia et Piujuq (Lucy Tulugarjuk), Venus (Eisha Marjara)…

À nous l’éternité

Paul Barbeau signe sa première réalisation avec À nous l’éternité, mettant en vedette Antoine Desrochers, Léa Jaouich et Sarah Mottet. On y raconte un triangle amoureux complexe et bourré de secrets. La trame musicale du film alterne brillamment entre musique classique et gros beat sur fond de ville de Québec. Une histoire de love obscure qui fait un énorme contrepoint avec un autre film de la programmation que j’ai vu à sa sortie…

Charlotte a du fun

Avec Charlotte a du fun, la réalisatrice d’expérience Sophie Lorain nous présente un film croustillant, léger et lumineux pour ados qui suit la vie sentimentale mouvementée, voire débridée d’une adolescente. Une preuve flagrante que le cinéma jeunesse peut être audacieux dans ces propos et dans son aspect visuel. Tous les grands noms d’une génération s’y retrouvent, sans oublier les nouvelles têtes d’affiche Marguerite Bouchard, Romane Denis, Rose Adam et Alex Godbout.

En cette ère post #MeToo, l’amour semble être un débat de tous les instants, un sujet délicat et complexe. Autant chez les femmes que chez les hommes. Il faudra donc repenser notre façon d’aborder l’autre, de le séduire et même de lui faire l’amour. En espérant que nous retrouvions l’équilibre dans tout ça.

À tous ceux qui ne me lisent pas

Pour être honnête, comme plusieurs d’entre vous, je ne connaissais pas le poète Yves Boisvert avant le festival, mais après le visionnement de ce film inspiré par sa vie, j’ai pourtant l’impression d’avoir rencontré un personnage important de la culture québécoise. Inarrêtable, créatif, authentique et indomptable. Martin Dubreuil lui prête ses traits, tandis que Céline Bonnier et Henri Picard l’accompagnent dans ses périples. Le film, un peu comme dans Speak Love, se termine par plus petit film, une œuvre de poésie visuelle réalisée par plusieurs membres de l’équipe.

Je souhaite à ma génération de redécouvrir ces magiques méconnus qui se tiennent debout, partout, je lui souhaite de s’en inspirer, de créer cru, d’en tomber des nues, de ne pas arrêter de repenser la société. Je lui souhaite de jouer avec les médiums, d’en créer de nouveaux, de grandir reconnaissant, compatissant et de vivre tout simplement…

Camille Deslauriers Ménard