Nous ne sommes malheureusement pas très gâtés au Québec quand il s’agit du cinéma de genre. La production en est assez rare, alors quand on arrive devant un film d’horreur ou un thriller québécois qui a réussi à se rendre jusqu’aux circuits de cinéma, encore faut-il être assez chanceux pour que ça en soit un bon. Rouge Sang est en plus un cas qu’on voit passer encore moins souvent dans les productions d’ici, un thriller d’époque…du temps des fêtes qui plus est!

Le 31 décembre 1799, un couple et leurs trois enfants se préparent à veiller pour le nouvel an dans leur cabane en plein milieu de la forêt. Alors que le mari part chercher des provisions et que sa femme Espérance prépare le souper, une tempête de neige éclate. Au milieu de la nuit, cinq soldats britanniques, dont un blessé, s’imposent pour se faire héberger pendant la nuit, alors que le retour du père de famille se fait de plus en plus attendre. Plus le temps passe, plus les choses se corsent…

Pratiquement un huis-clos, Rouge Sang est un de ces films qui réussit à travailler la tension de façon efficace. Sans tomber dans le cliché des méchants anglais contre les gentils colons qui veulent vivre en paix, c’est plutôt un film sur la haine et le désespoir que peuvent apporter les différences linguistiques, nationales et le manque de compréhension. Sans tomber dans le moralisme et les stéréotypes, il s’agit d’un discours qui a encore son importance dans l’actualité, il suffit de se rappeler les problèmes de locution de Jean Tremblay.

L’une des forces du scénario est d’ailleurs d’avoir donné une personnalité à chacun des cinq soldats, plutôt que d’en faire un groupe sans visage. Ainsi, si l’un d’eux est vulgaire et sans décence, un autre n’est encore qu’un adolescent de 14 ans et le capitaine (une belle performance de Lothaire Bluteau), un homme distingué qui tente de tenir ses hommes en laisse et de faire passer à tout le monde la soirée la moins pénible possible compte tenu des circonstances. Malgré certaines maladresses de scénario (la twist de la fin ne sera pas au goût de tout le monde, même si elle est bien amenée), le rythme est soutenu, la réalisation bien menée et les acteurs à la hauteur. Il s’agit d’un premier film de Martin Doepner assez réussi et qui fait un bon usage de la violence à l’écran.

– Boris Nonveiller

Rouge Sang sort en salles au Québec le 1er février