Décidément, la Société des Arts Technologiques était rouge le jeudi 10 octobre où se déroulaient simultanément la première de Rouge Mékong  du collectif Lebovitz (Françoise Lavoie-Pilote, Marc-André Baril, Daryl Hubert, Guillaume Arseneault, Aude Beauchamp-Bourdeau, Isabelle Caron, Mathieu Cloutier, Sarah-Septembre) et le lancement du livre de Gabriel Nadeau-Dubois Tenir tête. Il y régnait donc une belle atmosphère de fébrilité dans l’édifice du boulevard St-Laurent.

Présentée comme une production alliant cinéma immersif, performance, poésie et musique, Rouge Mékong apparaît comme un projet séduisant et audacieux. Les réflexions entourant la mémoire et les inspirations de Sophie Calle et Wong Kar-Wai laissent présager un 50 minutes fort en émotions. Qui plus est, la Satosphère étant le lieu propice à de telles expérimentations, il est difficile d’imaginer une déception: j’attendais  avec impatience cette production présentée dans le cadre du FNC Lab.

Rouge Mékong invite les spectateurs à pénétrer dans l’univers intime de Sarah Lebovitz; toucher, déplacer ses effets personnels, s’asseoir sur son lit, décrocher le combiné de téléphone, etc. Le rouge s’étale partout dans les pores du décor, rappelant les univers sensuels de Wong Kar-Wai. Au fur et à mesure que la pièce évolue, l’accent est mis sur ces objets et leurs résonances. Des figurants surgissent de la foule et entrent en contact direct avec cette dernière. Tous les sens sont sollicités. La projection à 360° amène le spectateur à se mouvoir dans le décor, afin d’explorer les souvenirs les plus intimes du personnage. L’histoire de Sarah Lebovitz se reconstruit graduellement. La mémoire s’inscrit dans l’espace, elle est douloureuse, tragique. L’amour se retrouve partout, intense et hypnotique. La distance et la fuite ne guérissent pas la douleur, elles la ravivent sans cesse, comme le souligne l’un des propos de l’œuvre.

Or, tout cela ne convainc pas tout à fait. L’accumulation des procédés dilue leur impact et leur prégnance. L’inégalité de la qualité des extraits sonores et visuels nuit à l’aspect poétique de l’œuvre. La pièce se situe, malgré toutes les bonnes volontés des auteurs, à la lisière du cliché. La démarche est bien sentie, néanmoins le résultat final comporte malheureusement un peu trop de failles. À trop vouloir citer Sophie Calle et Wong Kar-Wai, Rouge Mékong peine à livrer autre chose qu’une bien pâle copie. L’esquisse est bien dessinée et elle laisse envisager une suite qui sera sans doute nettement mieux. Ce n’est que partie remise pour le collectif.

Rouge Mékong, sera présenté jusqu’au  25 octobre à la Satosphère de Société des Arts Technologiques.

http://rougemekong.com/

Sylvie-Anne Boutin