Les lumières tamisées, une voix au microphone nous informe que la soprano Marie-Ève Munger est indisposée, qu’elle s’excuse. Interloqués, les spectateurs se dévisagent, ne sachant trop si la représentation de Roméo et Juliette aura lieu à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Pourtant, l’orchestre est en place sous la direction de Giuliano Carella. Puis, le rideau s’entrouvre sur un chœur chantant le destin funeste qui s’abattra sur Vérone.

 « Les Montaigu, les Capulet. De leurs guerres sans fin, à toutes deux fatales. Ensanglanter le seuil de ses palais ». Et Roméo et Juliette, « ces malheureux amants payèrent de leurs jours. La fin des haines séculaires. Qui virent naître leurs amours! ».

 L’opéra lyrique en cinq actes Roméo et Juliette, le plus célèbre de Charles Gounod, est somme toute classique. La mélodie est sensiblement redondante, à quelques exceptions, notamment la valse Je veux vivre de Juliette. Magnifique ! D’ailleurs, si la soprano Marie-Ève Munger se disait indisposée, elle a livré une solide performance, sur tous les plans : vocal et théâtral. Bien meilleure que son Roméo sur le plan du jeu qui incarne faiblement un personnage si flamboyant ! Du moins, l’émotion ne se rendait pas jusqu’au fond de la salle.

Une mise en scène défaillante

« Jamais aventure ne fut plus [décevante] que celle de Juliette et de son Roméo ». Est-ce la direction « d’acteurs » qu‘il faut blâmer ? Roméo semble désorienté quant à son jeu physique. On ne sent aucunement la fougue qui étreint les amoureux les plus illustres de l’histoire du théâtre. De leur rencontre impromptue lors du bal costumé des Capulet jusqu’à cette fin caricaturale où les deux protagonistes agonisent pendant de longues minutes embarrassantes. Roméo semble avoir oublié le poison qu’il a avalé au réveil de sa douce dulcinée alors que Juliette, après s’être poignardée, continue à chanter, infatigable…

Crédit : Yves Renaud

Et que dire du combat opposant Mercutio et Tybalt. Pour l’escrime, c’est magnifique. La musique bascule dans une tonalité grave, voulant illustrer la fatalité qui s’apprête à s’abattre sur les clans ennemis. Mercutio, poignardé par Tybalt, gît sur la scène. Roméo, à son tour, transperce de son épée la chair de Tybalt. Peut-être aie-je des références trop intenses en matière de jeu. John Leguizamo (Tybalt) dans la version cinématographique de Baz Luhrmann. Benoit McGinnis (Mercutio) dans la version théâtrale mise en scène par Serge Denoncourt au TNM. Je sais que l’opéra, ce n’est pas le cinéma, mais c’est un tant soit peu du théâtre. Ne devrait-on pas sentir toute la fureur vile, toute cette animosité, toute cette rage qui animent les funèbres ennemis?

Scénographie impeccable

Heureusement, les costumes et les décors assurent une prestance à l’œuvre. Fidèles à l’époque de la Renaissance, Claude Girard mise sur le majestueux et le tape-à-l’œil. Le décor du jardin de Juliette est particulièrement réussi. Poétique et enchanteur, une lueur s’échappe des portes voûtées surplombant un balcon encerclé de plantes verdoyantes. Le décor respire le romantisme. Un acte complet est consacré à la scène du balcon. Si les deux amoureux, inlassables, se chantent la sérénade, la scène est interminable. Plusieurs longueurs et ruptures parsèment cette production. Deux entractes de quinze minutes et trois changements de décor. Un opéra d’une durée totale de trois heures. C’est d’ailleurs la première fois que je voyais autant de spectateurs quitter la salle avant même le retour des interprètes sur scène pour les salutations. Vous dire l’impatience qui guettait le public. Pour ma part, je fondais mes espoirs sur une fin à grand déploiement pour illustrer la tragédie, mais jamais cette émotion brusque n’est venue me secouer. Préférant les productions innovatrices telles que JFK et La Cenerentola au classicisme, peut-être n’étais-je pas le public cible pour ce Roméo et Juliette très conventionnel.

– Edith Malo

Roméo et Juliette de Gounod, présenté par l’Opéra de Montréal, mise en scène par Tom Diamond et dirigé par Giuliano Carella. Présenté à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts les 22, 24 et 26 mai 2018. Pour plus de détails, c’est ici.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI :