Crédit photos: Nina Konjini

Dans le cadre de Danse Danse, José Navas présente Rites à la Cinquième Salle de la Place des Arts pendant le mois de novembre. Le chorégraphe et danseur offre un spectacle solo dont la puissance et la poésie du langage corporel happent l’attention du spectateur du début à la fin.

En entrant dans la salle, le public peut voir le danseur déjà installé sur la scène. Assis dans le noir, sur une chaise comme unique décor, silencieux peut-être même méditatif, il nous plonge d’emblée dans une ambiance de recueillement et d’intimité. José Navas propose un tableau en quatre temps élaboré au moyen de quatre pièces musicales fortes et envoûtantes: Ain’t no Use de Nina Simone, Symphonie no 9 en mi mineur de Anton Dvořák, Der Leiermann de Schubert et Le sacre du printemps de Stravinsky.

Navas réussit à travers ces atmosphères musicales et ses choix scéniques à créer une ode au temps qui passe. Autant la première pièce, par des mouvements liés à une sérénité sentie, mise sur la sensualité, sur la volupté, sur la fluidité, autant la suite des trois autres pièces nous convie à la souffrance, à la recherche du bien-être, à la peur, au vieillissement du corps et à la mort. Les rythmes musicaux aux effets dramatiques participent à la représentation d’un abîme, celui des limites du corps humain. Mis à nu, le danseur devient troublant de dépouillement et de vulnérabilité. Ces rites de passage sont autant d’expressions d’une histoire de vie personnelle et marquée par un métier lié au corps performant.

Entre les tableaux, le chorégraphe ralentit la cadence. Il nous prend à témoin de ses pauses, de ses changements de vêtements et des courtes périodes de temps qu’il s’alloue pour se remettre en scène. Le danseur exprime une prise de position dans ces moments. Navas, à 50 ans, danse et continuera de danser. Autrement. Même si la dernière pièce dansée sur Le sacre du printemps de Stravinsky exige une technique précise et est très physique, on sent le désir de l’artiste de partager davantage les émotions qui l’habitent en faisant fi des normes. Limites imposées par les changements physiologiques de son outil de travail, bien sûr. Or, la maturité de ce créateur façonne également ses compositions. Son corps fait écho à une tendresse envers lui-même, une acceptation de sa finitude.

Évènement éphémère, tout comme les moments de la vie, ce spectacle de danse relève le défi d’une très grande esthétique. La musique, telle des mouvements, contribue à façonner les empreintes corporelles comme autant de coups marquants. Le spectateur est séduit par tant de douceur et de grâce dans la gestuelle, malgré une œuvre dense qui donne le vertige.

— Marie-Paule Primeau

Rites, mettant en scène José Navas, est présenté en première mondiale à Montréal conjointement par  Danse Danse et la Place des Arts jusqu’au 28 novembre à la Cinquième Salle. Pour plus d’information, visitez le http://www.flak.org/jose-navas/works/rites/.