Crédit photo: David Ospina

Pour être bien honnête, j’éprouvais quelques appréhensions à l’idée d’assister à la Soirée des Manifestes dont le thème était « La francophonie est un feu ». J’imaginais déjà les écrivains cracher leur hargne sur le public captif du théâtre Aux Écuries. Par bonheur, je m’étais grandement fourvoyée et le spectacle fut passionnant.

Véronique Côté et Marcelle Dubois, les organisatrices du Festival du Jamais Lu, ont vu grand pour cette première soirée. D’abord, elles ont mis en place une campagne de financement où tous pouvaient payer un certain montant pour imposer un mot à Simon Boulerice, qui devait composer un monologue comportant tous les mots récoltés. Il nous a présenté le résultat de son travail au début de la soirée. Le monologue était amusant, mais peut-être un peu trop long (à sa défense, il avait 127 mots à placer).

La soirée des manifestes est un concept importé de France où il a été inventé en 2013 dans le cadre du 30e Festival des francophonies en Limousin. Pour l’édition montréalaise, 16 auteurs-performeurs en provenance de neuf collectifs différents étaient présents sur scène. Les artistes venaient de tous les coins de la francophonie des Caraïbes en passant par le Burkina Faso, jusqu’à en Belgique.

Chaque collectif présent était invité à lire son manifeste. J’ai particulièrement aimé celui de Jérôme Richer et Antoinette Rychner du collectif Nous sommes vivants (Suisse) qui ont fait preuve d’une bonne dose d’autodérision. Jean-Philippe Raîche et Gabriel Robichaud du Collectif Diasporeux (Acadie) m’ont aussi beaucoup plu en décrivant sans pathos leur relation complexe avec la langue française.

Les lectures des manifestes étaient intercalées de discussions entre les différents auteurs. Les artistes se posaient entre eux des questions comme « d’où écris-tu ? » ou encore « de quelle période de l’histoire de ton pays écris-tu ? ». Ces interrogations permettaient, puisque tous devaient y répondre, d’émettre une parole collective qui transcendait ou soulignait les particularités géographiques.

La soirée était aussi musicale grâce à Josué Beaucage, qui était sur scène avec ses instruments et accompagnait les lectures. Cela a permis Marie-Louise Bibish Mumbu du collectif Moziki littéraire (République Démocratique du Congo) de faire sa lecture sur fond de butadrum (où un autre instrument s’y apparentant).

Au lieu du supplice que j’appréhendais, j’ai passé un excellent moment, entre les larmes et les rires. Si vous vous en voulez d’avoir manqué une telle soirée, n’ayez crainte! Chaque collectif est responsable de l’organisation d’une soirée « Feu de camp » qui promet aux spectateurs une immersion dans leur pays d’origine. La programmation est disponible sur le site internet.

– Alexie André Bélisle

La 13ième édition du Festival du Jamais Lu se poursuit jusqu’au 9 mai 2014 au Théâtre Aux Écuries.