Pour cette 21e édition des RIDM mon attention s’est portée aux films traitant de la violence et des crises humanitaires. Une thématique pas très joyeuse, mais nécessaire pour faire le point sur l’état du monde actuel. De mon chez-moi confortable, je ne peux oser imaginer ni comprendre ce qu’il se passe ailleurs: les médias qui nous gavent d’informations biaisées par leurs idéaux arriérés (pour ne pas citer LCN, cousin germain du Journal de Montréal/Québec) sont loin de nous aider non plus. Quoi de mieux qu’une bonne dose de documentaires venus d’ailleurs pour voir la réalité des autres! Et croyez moi, ce n’est pas beau à voir.

Mes réflexions débutent ainsi: je crois comprendre qu’au Moyen-Orient persiste une crise humanitaire complexe causant la mort de milliers et l’émigration de millions. Les noms de Syrie, Irak et Palestine nous montent tout de suite à la tête. Mais que se passe-t-il donc de si terrible? Quelles en sont les causes et les conséquences? Pour m’en informer, j’ai eu l’occasion d’assister aux documentaires suivant:

On Her Shoulders – Alexandria Bombach

En août 2014, le groupe armé État Islamique prend pour cible les populations Yézidis du nord de l’Irak avec la ferme intention d’éradiquer leur peuple. Le 10 août ils atteignent le village de Kojo. Les hommes sont tués, les femmes et les enfants sont enlevés puis réduits à l’esclavage. Nadia Murad, alors âgée de 19 ans, fait partie de ces femmes esclaves battues et violées à répétition. Elle parvient à échapper de justesse à son persécuteur et trouve refuge en Allemagne. Depuis elle multiplie les rencontres médiatiques et diplomatiques en tant qu’ambassadrice de bonne volonté de l’ONU afin d’informer le monde du génocide Yézidis qui persiste en Irak. Elle est actuellement la dernière récipiendaire du Prix Nobel de la Paix.

Quoique sous une forme documentaire classique, voire mélodramatique, le contenu est incroyablement puissant. Alexandria Bombach talonne Nadia Murad lors de ses rencontres parlementaires et populaires, révélant l’intimité d’une femme qui n’a jamais souhaité devenir figure publique. Elle est synonyme d’espoir pour son peuple, porte-parole de leur condition: «la voix de 3200 femmes et enfants encore en captivité.» Un film hautement émouvant qui remet en perspective le devoir des nations à venir en aide aux populations victimes de crises humanitaires.

What Walaa Wants – Christy Garland

Walaa n’a qu’un rêve: faire partie des forces policières palestiniennes. Et ce n’est pas sa famille ni les préjugés sociaux qui l’arrêteront. Sur une période de 6 ans, Christy Garland suit la jeune Walaa au caractère récalcitrant, mais hautement attachant, dressant le portrait d’une adolescente rebelle qui devient jeune femme tout aussi rebelle. Sur une trame de conflit politique qui dure depuis beaucoup trop longtemps, le film démontre alors l’initiative individuelle d’une citoyenne maintenant policière qui souhaite venir en aide à son peuple, permettez-moi l’expression, opprimé. Elle n’attend pas l’aide humanitaire ni la résolution politique du conflit: elle agit.

Véritable personnage, ses traits de caractère prononcés créent un lien puissant avec le spectateur. Mais sous ses airs de révolte se tapisse une grande intelligence, une profondeur d’âme qui impose le respect. Un film poignant au travail de production incroyable qui mérite d’être retenu.

Of Fathers and Sons – Talal Derki

Sans aucun doute le film documentaire à la production la plus audacieuse de cette édition des RIDM. Talal Derki se fait passer pour un journaliste pro djihadiste et gagne la confiance d’une famille islamiste radicale qu’il filme sur plusieurs mois. Son regard est porté sur le père et ses quatre fils aînés. Le jour, le paternel part tirer des mécréants ou déminer un champ de mines, tandis que sa progéniture se bagarre avec les gamins du quartier avant de se faire envoyer dans un camp d’entraînement.

Ce qui frappe d’abord, c’est l’amour intense et authentique qu’il a pour ses fils et sa foi. Et c’est ce même amour qui se transforme en haine contre tous ceux qui nuisent à ses idéaux. «We don’t want Planet Earth, but Planet Love». Phrase incroyablement puissante révélant le paradoxe de cette famille djihadiste: la mort et la terreur ne sont pas un frein à leur idéal d’amour et de joie.

LOST WARRIOR – Nasib Farah & Søren Steen Jespersen

Mohammed, réfugié somalien au Royaume-Uni depuis l’âge de 3 ans, se fait radicaliser suite à un séjour en prison. De retour en Somalie, il rejoint la cellule terroriste Al-Shabab affiliée à l’État Islamique. Jeune homme intelligent, il réalise très vite la manipulation dont il a été victime et la grande erreur dans laquelle il s’est embarqué. Par contre, le retour en arrière n’est pas si facile.

Le film nous offre le point de vue de deux caméras. La première suit Mohammed coincé sur le territoire somalien dans lequel il est recherché par Al-Shabab pour traîtrise. La deuxième, au Royaume-Uni, suit sa femme et son fils qui évoluent dans l’environnement londonien. Ils n’ont pour seul lien les conversations Skype à travers lesquelles ils partagent leur désespoir. Leur réunification semble de plus en plus impossible, suite aux refus successifs de demande d’asile. Un documentaire observationnel qui dévoile les retombées méconnues de la radicalisation, sujet particulièrement pertinent pour contrer les généralisations hâtives au sujet de la jeunesse radicalisée.

Central Airport THF – Karim Aïnouz

« Wir schaffen das », on peut le faire nous disait Merkel en 2015 au sujet de l’accueil de milliers de réfugiés syriens. Et c’est ce que le documentaire de Karim Aïnouz nous démontre, comment l’Allemagne parvient à gérer ses flux migratoires, et ce en grande partie grâce à l’aéroport Tempelhof à Berlin réhabilité en centre d’accueil pour réfugiés. Mais les migrants doivent attendre des mois, voire des années, avant de recevoir un statut légal de réfugié, et l’aéroport qui devait être un espace de transit provisoire devient une véritable ville. Le documentaire nous plonge dans cet univers où langues et cultures se mélangent, où l’euphorie d’avoir trouvé refuge devient progressivement ennui puis angoisse de voir sa sécurité compromise.

Pensées conclusives

D’accord, une grande crise humanitaire accable notre petit monde! Mais que faire, nous, humbles citoyens, pour venir en aide à ceux dont la vie est un martyr? La réponse est simple: les accueillir, sans préjugés, peu importe si leurs « valeurs » s’accordent aux nôtres, qu’ils soient voilés, allophones, malades, ou non scolarisés. Car la guerre, royaume de mort et de destruction, est une réalité bien présente que nous ne pouvons pas continuer à ignorer.

« Mais pourquoi? Ils ont qu’à rester chez eux! On s’en va pas fouiner dans leurs affaires nous autres! Pis ils volent nos jobs en plus de d’ça! » Mais quand les bombes tomberont sur votre tête, vous courrez trouver un abri. Même si un océan vous y sépare.

– Anthony Dubé

Pour visionner gratuitement des films documentaires du Maghreb et du Moyen-Orient: https://www.aljazeera.com/programmes/specialseries/

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