Asger Holm est un policier contraint de travailler aux appels d’urgence, en attendant sa comparution en cour. La raison en est vague, un traumatisme, une honte un peu floue.  D’emblée, il est évident que de travailler dans les coulisses de l’action n’est pas chose facile quand on est habitué de prendre le contrôle des situations de crise.  Il est pourtant efficace, il connaît son métier et cela ne lui prend que quelques secondes avant d’être capable de cerner une situation et en comprendre les rouages, même s’il ne montre pas beaucoup de compassion pour ceux qui l’appellent.

Enfin, tout bascule.  Une femme, qu’il croit d’abord être un peu trop ivre, ne répond à ses questions que par oui ou non.  Et puis, il comprend qu’elle s’est fait kidnapper et que la fenêtre dont il dispose pour lui venir en aide est petite.  Commence alors, une course contre la montre effarante qui tient le spectateur par la gorge. Parce que la caméra ne quitte jamais le centre d’appel. Gustav Möller installe son suspense sur les épaules de son acteur, Jakob Cedergren, et de son département-son et le résultat est spectaculaire.  La construction audio est assez bien ficelée pour que notre imaginaire se retrouve aisément de l’autre côté de la ligne et, peut-être parce qu’il n’y a pas de visuel à l’appui, on se permet d’aller très loin dans les images de violence. La mise en scène étouffante jumelée à la photo glaciale de Jasper Spanning traduisent l’impuissance et la frustration du personnage principal.  Möller va très loin avec très peu et prouve de cette façon qu’il maîtrise la technique. On comprend pourquoi le Danemark a choisi pour le représenter aux Oscars.

Mais si le film pose des questions intéressantes; nos construits nous déshumanisent-ils? nos préjugés  nous empêchent-ils de voir les gens tel qu’ils sont, il reste davantage un exercice de style rocambolesque qu’une réflexion profonde. Möller s’assoit sur son sujet sans se commettre, idem avec le personnage d’Asger qui reste, somme toute, assez cliché. Il s’agit bien sûr d’un divertissement intelligent, mené avec virtuosité, mais qui, faute de réinventer la forme et de creuser le propos, ne se hissera pas au panthéon des oeuvres réécoutées maintes et maintes fois.

– Rose Normandin

The Guilty, de Gustav Möller était présenté dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma 2018.

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