Crédit : Big World Cinema/AfroBubbleGum

Au Kenya, l’homosexualité est un crime passable de 14 ans de prison, et outre la possibilité de se faire arrêter, il faut vivre avec le danger de se faire lyncher, violer, voler par la population.  Inutile de dire qu’il faut du courage pour afficher son homosexualité en ce pays (comme en beaucoup d’autres sur ce continent).

C’est pourtant dans une esthétique fleurie (signée Christopher Wessels) et loin du pathos que Wanuri Kahiu nous présente une histoire d’amour au féminin entre deux jeunes adolescentes, Ziki (Sheila Munyiva) et Kena (Samantha Mugatsia) qui découvrent les apprentissages reliés aux premiers émois du cœur.  En soi, l’histoire est assez banale et maintes et maintes fois vues dans le cinéma LGBT.  Deux jeunes filles issues de milieux différents se remarquent, se découvrent et s’entichent l’une de l’autre.

Avec son univers coloré, sa trame sonore pop africaine et ses personnages attachants, il émane du film une légèreté retrouvée souvent chez les comédies romantiques.  Mais une faille se cache au sein du décor.  Alors que la communauté est d’abord dépeinte de façon attachante, il devient évident qu’avec son homophobie et son intensité religieuse elle représente une menace pour les adolescentes.  Il n’y aura pas de sortie du garde-robe rigolote pour ces deux protagonistes.

La complicité des comédiennes et le travail de montage (Isabelle Dedieu et Ronelle Loots) crée un espace poétique émouvant.  On nous apprend au début du film que Rafiki signifie ami, et c’est avec beaucoup de doigté que Kahiu nous dévoile l’évolution du lien qui unit les jeunes filles.  Elles sont pleines de rêves et d’espoir quant aux possibles de leurs vies et de ce fait, on sent l’appel au changement que la réalisatrice offre à son pays sous la forme de son film.  Le film devient donc la fort belle chronique d’une histoire d’amour impossible et du choix difficile que devront faire les personnages entre taire leur homosexualité ou renoncer à leur africanité.

Alors qu’il fut d’abord banni au Kenya, Rafiki s’est vu octroyer une permission temporaire de projection (le rendant éligible à une soumission aux Oscars) et a provoqué un mouvement de solidarité avec les droits LGBT, où.  Avec son film, Wanuri Kahiu peut croire qu’elle contribuera au changement du paysage social kenyan.  N’est-ce pas ce qu’on peut espérer de plus beau pour le cinéma ?

– Rose Normandin

Rafiki, de Wanuri Kahiu était présenté dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma 2018.

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