Laurence Olivier publie son premier roman, Répertoire des villes disparues, cet automne aux Éditions Les Herbes rouges, un premier roman étonnant et envoutant mettant à l’avant-plan des scènes du quotidien racontées avec une certaine mélancolie. En alternant les fragments narratifs avec des poèmes qui viennent soit appuyer la fiction, soit la nourrir, Olivier a su créer un livre étonnant qui porte le lecteur aux limites de « l’ordinaire », un endroit qu’elle a su exploiter avec brio.

Un couple est invité à fêter chez une collègue de travail et l’invitée s’interroge sans fin sur le déroulement de la soirée. On visite en alternance Camille et Pierre, un autre couple qui s’interroge chacun de leur côté sur l’avenir de leur amour. D’autres personnages aussi évoluent, en périphérie, où d’autres drames se trament, où d’autres échecs se préparent. Sur un ton simple et lucide, Laurence Olivier a su poser les jalons d’une prose du quotidien et son souci du détail a créé un tableau authentique des songes et des angoisses qui peuvent habiter chaque être humain.

Autre point particulièrement bien tourné du roman : la présentation des régions, l’hiver surtout, quand tout est au ralenti, quand les déneigeuses ne passent pas aussi souvent qu’elles le devraient, quand les habitants sont cernés et dénaturés, quand les habitants sont vivants. Elle réussit à rendre le tout poétique et vrai. Les régions ne deviennent pas un lieu de « recherche » ou un lieu de ressourcement, à l’instar de la représentation qu’en font plusieurs auteurs en fiction contemporaine. Les milieux ruraux sont ce qu’ils sont, des lieux habités et définis par ceux qui les peuplent, parfois fragiles, parfois maussades, toujours vrais. Bravo à Laurence Olivier pour ce beau premier roman poétique et audacieux qui on l’espère, saura accrocher le cœur de plusieurs lecteurs.

Extrait:

« Elle trouve une boîte de soupe aux pois dans le garde-manger. Elle fouille dans les tiroirs à la recherche de l’ouvre-boîte. Elle le trouve sur le comptoir. Elle lit les instructions sur l’étiquette : « Ajouter une pleine boîte d’eau, réchauffer et servir. » Ça éclabousse : des gouttes jaunes sur la cuisinière blanche. Camille prend une cuiller et remue le contenu de la casserole. Elle pense : maintenant il est trop tard pour partir. Elle se demande : c’est pour ça qu’on reste? »

Elizabeth Lord

Répertoire des villes disparues, Laurence Olivier, Les Herbes rouges, 2015.