Renard, troisième livre de Simon Philippe Turcot, s’adresse à ceux qui aiment voir, ou plutôt contempler. Le paysage y tient une grande place, et prend le pas sur la subjectivité du poète, dont la voix, très discrète, témoigne plus de l’image sur un mode descriptif qu’elle ne la fait naître par une exploration langagière. Cette sobriété de l’écriture n’est pas un défaut en soi. Il s’agit d’une posture poétique qui colle bien au recueil et à une de ses thématiques centrales, la peinture.

Toutefois, si le poète, à l’instar du peintre qui prend la parole dans son recueil, désire « donner à voir ce qui transperce », il n’y arrive pas toujours. Le surcroît de sens qu’il cherche à rendre, celui qui devrait transcender l’image pour aller au-delà du visible et qui nécessite qu’on fasse violence au langage, n’est pas toujours au rendez-vous. Cela donne lieu à de nombreuses images qui, sans être convenues, nous privent du sentiment d’étrangeté nécessaire à la rencontre poétique. Ainsi, des passages tels que « les papiers s’imbibaient de mélancolie » et « des oies se posent sur ce tableau de plumes » peuvent nous laisser sur notre faim. D’autres formulations, qu’on aurait aimées plus nombreuses, sont davantage surprenantes et expressives, notamment « la poudre sèche voile l’étang noir transpercé de souches », « je les entends comme la Terre tourne » et « je dessine les nervures du matin, j’appelle le soleil ».

L’écriture, dans son ensemble, est très belle et très fluide. La prose y est toujours bien maîtrisée et le ton est juste. C’est sur le plan de la progression des poèmes que le rythme achoppe un peu, à certains endroits. En effet, trop de textes sont constitués d’un paragraphe suivi d’une chute brève destinée à créer un renversement du poème. Ce procédé est intéressant, certes, mais il devient à la longue un peu trop attendu, d’autant plus que certaines de ces chutes n’arrivent pas à ouvrir une dimension supplémentaire au poème.

En somme, malgré quelques défauts, Renard demeure un recueil dont la plus grande qualité est l’ambiance qu’il réussit à établir, une ambiance empreinte d’une grande tendresse pour la nature et le rythme qu’elle impose. Il s’agit avant tout d’une ode à la lumière, où se dévoilent « des paysages de pâte claire, porteurs d’une étonnante mémoire. »

– Mathieu Simoneau

Renard, Simon Philippe Turcot, La Peuplade, 2015.