Une des grandes expositions de l’année à Paris est sans contredit celle sur Guy Debord à la Bibliothèque Nationale de France. La presse et les critiques ont accueilli positivement cet hommage à Guy Debord. La visite de « Guy Debord, un art de la guerre » me semble incontournable (voire obligatoire) pour quiconque s’intéressant à la culture, l’histoire et à la société. Je doute fortement qu’elle connaisse une présence à l’étranger.

J’ignorais si un compte rendu critique de cette exposition serait pertinent dans la ligne directrice des Méconnus. J’y suis allée par intérêt pour le penseur, sans nécessairement avoir l’intention de rédiger une chronique à ce sujet. À la sortie de l’exposition, lorsque j’étais dans les marches de la BNF, je me suis fait un devoir d’en faire une critique. Je crois que cette exposition s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’apport de la culture dans le social. Se (re) plonger littéralement dans le parcours intellectuel et artistique de Guy Debord permet d’éclairer, d’alimenter la réflexion sur la « culture marginale ». Je connaissais grosso modo les tenants des théories de Guy Debord, j’avais lu quelques extraits de La société du spectacle et je dois dire que cette exposition ne m’a malheureusement pas appris beaucoup plus sur ses ouvrages théoriques. Néanmoins, j’ai beaucoup apprécié la lecture à contre-courant des années 1950 à 1990.

L’exposition se développe en plusieurs temps, renvoyant aux dates charnières de la réflexion de Guy Debord. Elle se termine sur ses principales réalisations, ses aboutissements, son héritage. Cette organisation spatiale permet au spectateur de bien saisir l’époque dans laquelle Debord s’inscrivait en marge. Initiateur de plusieurs mouvements avant-gardistes (l’internationale lettriste et l’Internationale situationniste), il a aussi exploré plusieurs champs de réflexion et de création : la poésie, l’essai et le cinéma. En plus d’être influencé par la pensée marxiste, il a pensé la stratégie de la guerre et a cherché à dépeindre les faux-semblants qui régissent la société. Une pièce est ainsi consacrée au « jeu de la guerre » réfléchi par Guy Debord, alimenté sur la base des écrits de Carl Von Clausewitz. Une autre salle présente les lieux et les promenades parisiennes qu’affectionnait le penseur. Les influences et l’entourage de ce dernier tiennent aussi une place importante dans l’exposition. Ses travaux individuels et collectifs, ses livres annotés s’inscrivent dans le patrimoine culturel français comme des symboles des mouvements révolutionnaires du 20e siècle.

– Sylvie-Anne Boutin