Crédit photo : François Gamache

Dans la cinquième salle de la Place des Arts, tout le monde est fébrile de voir le travail pluridisciplinaire de Alan Lake. Dans le cadre de Danse Danse, c’est la dernière création du chorégraphe qui marque les planches de la saison 2014-2015. C’est un créateur qui jouit d’un grand statut sur la scène québécoise, lui qui est déjà remarqué parmi la relève émergeante sur la scène artistique du Québec.

Le travail de cet artiste nous plonge dans le thème des traces que chacun peut laisser derrière soi : les lieux, les phrases, l’énergie qui peuvent marquer tous les gens qui passent; la juxtaposition des ravages naturels aux ravages humains, de la mort à la renaissance. On y aborde comment chaque individu peut vivre cette émotion imposée dans cet espace, un espace victime des facteurs de la nature. L’idée de la chorégraphie est inspirée de la création d’un film tourné dans le village de Saint-Raymond où les quatre danseurs sont partis en exil, laissant venir à eux l’inspiration. Ils se laissent finalement porter par l’influence de dame nature sur le paysage et sur leur âme.

La compagnie Alan Lake Factori(e) est composée d’une équipe béton pour ce type de projet. L’hybridation des moyens d’expressions tels que la cinématographie, l’art visuel et la danse forment un équilibre parfait qui ne cesse de nous surprendre lors de la représentation. Les directions photo et artistique sont incroyables et nous livrent une échappatoire paradisiaque dans notre ville grise. Les projections arrivent avec un minutage parfait et très bien réfléchi dans l’espace scénographique. Une projection supportée par un rideau transparent puis directement sur un fond blanc vient enrichir l’esthétique de l’image et change la perception de celui-ci. On est transporté dans cet espace où le corps réagit aux techniques et à l’intensité des interprètes.

Le talent des artistes est mis à avant-scène part des duos et quatuors demandant aux interprètes une maitrise parfaite de la technique. Un corps à corps intime et sensuel qui nous donne des frissons et parfois, une crainte. Les portés sont magnifiques de par leurs mouvements, par leurs stagnations et par la reprise du mouvement qui semble fluide. Les danseurs nous lancent en plein visage leurs émotions qui parcourent leurs corps jusqu’à l’extrémité de leur doigt. Parfois, je me suis perdue dans l’intention de cette chorégraphie, ne sachant plus le message derrière cette beauté éphémère que transportaient les danseurs.

Ravages est une expérience sensorielle qui stimule notre être entier. Amateurs de danse, de cinéma et d’arts visuels, vous trouverez de quoi vous éblouir dans l’interrelation de ces arts. En quelques mots : sublime, métaphorique et unique!

Ève Tessier

Ravages de Alan Lake Factori(e) est présenté à la Cinquième Salle de la Place des Arts dans le cadre de la saison Danse Danse 2014-2015 jusqu’au 18 avril.