Écrivain aux multiples chapeaux, Bertrand Laverdure signe cet automne un nouveau recueil de poésie intitulé Rapport de stage en milieu humain. L’opuscule se divise en trois parties : « Effet Werther », « Effet Doppler » et « Histoire secrète d’une secte normande qui a enfin réussi à distiller le cuir des animaux ». Les deux premières se rejoignent tant par le ton que par le sujet, alors que la troisième constitue un étrange bestiaire. Mais partout, on sent le même intérêt du poète pour les mots-joyaux, ces mots particuliers et particulièrement évocateurs dont est parsemé le recueil.

Prenons le titre en exemple. Rapport de stage en milieu humain, de par sa formulation qui rappelle les codes de la bureaucratie, fait tout de suite penser à l’histoire d’un extraterrestre ou d’un robot – enfin, d’un être venu de l’extérieur – qui expérimente le quotidien humain. Or c’est exactement ce dont il est question dans les premières parties du recueil. La voix poétique démêle tant bien que mal la réalité des promesses qu’on lui a fait miroiter pour l’attirer dans la communauté humaine, sans succès. Car les relations amoureuses – c’est ce dont il est question ici – ne s’embarrassent pas d’une logique mathématique, non plus qu’elles ne s’interprètent à coups d’équations et de calculs. On compte les jours, met un prix sur des souvenirs dont on cherche à se débarrasser, mais aucune grille d’analyse, aucun formulaire ne permet de comprendre avec exactitude ce qui fait le couple.

Ainsi, la poésie surgit des réflexions de cet être qui ne se laisse pas berner par les codes de l’amour mais qui souffre tout de même des à-coups qu’il lui fait subir. Pour étoffer le sentiment d’étrangeté, le poète use de beaucoup de références à des auteurs, des films ou des éléments de la culture populaire, mais aussi d’annonces classées improbables qui témoignent d’une sincérité en décalage avec notre époque.

D’un autre état d’esprit, « Histoire secrète d’une secte normande qui a enfin réussi à distiller le cuir des animaux » dissèque les comportements des animaux pour mieux les plaquer sur les façons de faire de la voix poétique. Plus ludique et moins personnelle, cette suite de poèmes a été rédigée il y a quelques années, ce qui explique la présentation différente et l’absence de lien qu’elle entretient avec les premières sections. Mais encore une fois, il s’agit d’observer les rapports entre une voix intègre et un quotidien corrompu par la nature même du matériel qui le compose. Surtout, Laverdure s’acharne à penser la langue et la communication, thème récurrent dans son oeuvre : « Dans ma main droite un infinitif / dans ma main gauche un autre infinitif / pour finir je tape des mains ».

Bref, la poésie en prose qui se cache derrière l’intriguant titre Rapport de stage en milieu humain est à la hauteur de la réputation du poète. Ne vous laissez pas rebuter par cette couverture qui ressemble étrangement à la cravate fabriquée à partir de retailles de cravates bariolées de mon chum : ce nouveau recueil ludique, singulier et terriblement actuel de Bertrand Laverdure recèle de jolis plaisirs de lecture.

– Chloé Leduc-Bélanger

Rapport de stage en milieu humain, Bertrand Laverdure, Triptyque. En librairie le 27 août 2014.