Mercredi 5 décembre, le groupe de hip-hop acadien Radio Radio donnait un concert au Cabaret du Mile End. Évoquer une expérience linguistique hors du commun n’est à ce propos pas un vain mot.

Si la probabilité n’est pas une science exacte, il est fort possible qu’avec mes amis, nous étions les seuls français présents mercredi au show de Radio Radio. Avant ça, notre soirée a commencé à la maison avec du saucisson et de la bière. Hilares, on a visionné les clips de Radio Radio. Mais à chaque fois avec l’aide de sous-titres. Radio radio est un groupe (d’enfants) bien spécial(s). Et la langue acadienne dégage un irrésistible exotisme pour nous autres qui pratiquons un français des plus plates. Seulement, une question s’impose : comment en est-on arrivé à parler, rapper, une langue aussi étrange ?

Bien positionnés au bar, on a vu les trois membres de Radio Radio débouler. Sur scène, sont déjà présents un batteur et une trompettiste. Au départ, les trois mc’s de Radio Radio se montrent plus en jambes qu’en voix. Après une intro bizarre, les pièces « Galope » et « Gong Hotel » de leur dernier album, Havre de Grâce, nous font rider sur un cheval imaginaire. Mais on réalise vite que des trois Radio Radio, le troisième a un flow un peu pauvre quand les deux autres développent eux un débit mitraillette, aidé par un accent franglo costaud. Aussi, on reconnaît mieux la griffe de Radio radio quand leurs voix résonnent à l’unisson sur la rondeur de refrains fédérateurs. Car, doit-on le préciser, en raison de quelques lacunes dans le chiac, notre karaoké intime avec Radio Radio ne se résumera qu’à la reprise de quelques mots échappés d’hymnes connus…

Auteur à ce jour de trois albums, Radio Radio a marqué un virage avec Havre de Grâce. Fini l’hédonisme salace qui les faisait passer pour des Beastie Boys acadiens. Place à de nombreux featurings, des chansons à la texture travaillée et des expérimentations qui sapent l’impression de « party » permanente dans laquelle vivait le groupe. Pour le meilleur, ce petit virage nous offre des pièces aussi impressionnantes que « Power That Be » et « Firmament ». Mais là où le bat blesse, c’est que ces chansons demeurent un peu orphelines sur la tracklist d’un album bigarré, à la consonance très world music et moins électro hip-hop.

Or, en live, Radio Radio le sait, ce sont ses vieilles tounes qui fonctionnent à plein tube. Quand « Jacuzzi », « Lève tes mains », « Guess What » viennent à s’enchainer, les têtes se mettent vraiment à bouger. Les membres de Radio Radio arpentent alors la scène de long en large et se mettent à interagir encore plus avec le public. Le b-boy LX finira même par enlever son tee-shirt et demander à une pitoune de monter sur scène pour quelques « grouillades » en sa compagnie. On retrouve là les Radio radio qu’on aime. Pour le rappel, « Cliché hot » et « Cargué dans ma chaise » achèveront le concert. Enfin, à la sortie du Cabaret, on finit par jaser et demander à un québécois si de son côté il comprend les paroles de Radio Radio. Ce sympathique monsieur nous répondra que lui aussi n’entend rien au texte des acadiens. Dès lors, c’est bel et bien rassurés, qu’on se dit qu’être perdu dans la langue n’empêche en rien de jouir des partys montréalais.

 

– Romain Genissel