La semaine dernière, le Centre Phi accueillait respectivement Mister Valaire et Radio Radio, pour ce qui s’apparentait au lancement de leur nouvel album. Si Mister Valaire a offert une prestation assez géante, qui augure le meilleur pour leur troisième opus, le cas qui nous intéresse ici est celui des étranges accadiens de Radio Radio.

On a cru au départ à une blague, mais Radio Radio s’est installé au Centre Phi pour composer son quatrième album. Ma main à couper que ce doit être un sacré ramdam dans l’institution culturelle du Vieux-Port. On imagine les mecs s’endormir la tête en vrac, une coupe à la main dans un jacuzzi et se réveiller le lendemain pour récupérer des rouleaux de papier double face (anglo et franco) où ils ont gribouillés leurs lyrics martiens. Pour les divertir, le centre Phi leur avait pourtant concocté des projections de la Fondation Martin Scorsese ou des documentaires en compagnie de John Lurie. Mais rien à y faire, les Radio Radio s’en crissent pas mal de tout ça, ils vivent pour la fête, le fun et veulent marcher sur la «hey», ou marcher sur la «hoo».

Bon, on ne va pas refaire l’histoire de Radio Radio ni s’attarder sur la popularité  que le groupe se taille au-delà du Québec, en France particulièrement. Encore moins évoquer la langue (le chiac) qu’il broie, malaxe et rappe comme de la gomme sur fond d’instruments déviants et cuivrés. On ne racontera pas non plus un concert qui, s’il s’est déroulé sans couac, n’a pas fait avancer une carrière riche en tubes malades. Non, ce genre de chronique on l’a déjà composé, c’était en décembre dernier au Cabaret du Mile End. Radio Radio se présentait déjà avec la même formation trompette/ batterie en guise de backing-band. Bref, en guise de substitut, on a préféré imaginer une présentation des artistes sous forme de bio. Comme qui dirait non autorisée cette fois.

Avec son visage taillé à la serpe, son manteau proéminent, son attirail bling bling, Gabriel Louis Bernard Malenfant détient peut être le visage le plus marquant du trio acadien. Outre le fait qu’il a aussi le nom le plus à rallonge de Radio Radio, sa voix nasale offre la touche exotique et la gouaille nécessaire aux vents frais qui s’engouffrent entre les lignes de tubes comme « Cargué dans ma Chaise ». Gabriel ou Louis ou Bernard, on ne sait plus bien, semble être aussi la caution hip-hop du groupe, du moins celui qui apporte cette touche festive et fiévreuse que l’on peut entendre sur l’indépassable Belmundo Regal. Mais au-delà de ses talents, l’homme est surtout réputé pour son acuité lubrique à repérer dans le public les proies les plus faciles. Aussi, quand il ne se promène pas sur le bitume de Montréal à la recherche de nouvelles inspirations, on dit que l’homme aime courir dans la nature torse nu avec ses trois pénis en quête de chicks. Alors les filles, en live, ne croisez pas son regard, il pourrait, au-dessus de vos têtes expérimenter des grouillades, du moins faire comprendre qu’il est le roi d’Acadie et qu’il le vaut bien.

Face bonhomme, sourire bright, barbe de trois jours et chapeau, Jacques Alfonse Doucet est sans nul doute la tête pensante, l’orchestrateur dandy du groupe. Si son flow ricoche moins que son collègue, sa voix (la plus claire) galope et glisse comme des roulements à bille qui vous entraine sur le dance-floor. Toujours sur le rythme, moteur groovy des meilleurs titres du groupe, Jacques Alfonse n’en oublie pas pour autant le fun qu’il a ancré aux chevilles. Ce soir-là, il s’en est payé une bonne avec un certain Vincent, gamin de 10 ans dont les parents étaient partis en vacances. Il l’a fait tournoyer sur scène pour le divertissement de tous. Bref, ce mec impose le respect. Seul hic : Est-ce que Jacques Alfonse pourrait devenir ton chum ? Penses-tu avoir l’ouïe assez fin pour traduire ses mots ? Tu t’imagines faire la liste des courses avec ce monsieur qui n’a pas sa langue dans sa poche et la syntaxe bien emberlificotée ?

Chevelure filets de pêche, front bombé, physique de cégépien attardé, Arthur Comeau est le fantôme de Radio Radio. C’est simple : s’il servait un tant soit peu la machine, on trouverait sur les pochettes et les affiches le troisième Radio qui manque au nom du trio. S’il est prince, Arthur pourrait bien être celui des transistors, du flow grippé, des enceintes grillées depuis des lustres. On dit que ses deux compères l’auraient d’ailleurs cueilli sur une route acadienne. Et à ce que raconte la légende, il racontait à tout le monde que son géniteur avait inventé le rap sur la lune et qu’il s’appelait Louis Amstrong. Un enfant (spécial et) de confiance donc, dont les origines ne pouvaient plus être cachées à la face du monde. Pour la vraie histoire, ses deux parents adoptifs lui ont mis un jour un micro entre les mains… le pauvre pense encore que c’est un hochet et qu’il peut en jouer sur scène pendant que les deux autres assurent!

– Romain Genissel