Lire du théâtre, sans l’expérience scénique, peut souvent être désolant. Pas avec Mathieu Leroux. Lire un essai peut parfois être lassant. Certainement pas avec Mathieu Leroux. Celui-ci a publié il y a quelque mois l’étonnant Quelque chose en moi choisit le coup de poing, assemblage essai-théâtre étonnant, déroutant et souvent réjouissant. Deux pouces dans les airs aux Éditions La Mèche pour sa collection « L’Ouvroir » qui publie des ouvrages toujours surprenants de véracité.

Parcours d’une lecture réjouissante

Il est parfois difficile d’accrocher un lecteur non académique à un essai littéraire. Mathieu Leroux, avec ces nombreux exemples tirés de la culture populaire et de la culture du Web, a su tisser un essai intelligent et accrocheur dans Quelque chose en moi. Andy Warhol disait que tout le monde aurait un jour ses quinze minutes de gloire ; à l’ère des réseaux sociaux, il est maintenant possible d’avoir son trente secondes de célébrité de manière virale, à coup de millions de visionnements. Quelle est la place du « je » dans cette mise en scène de soi? Relève-t-elle de l’art au même titre que le chanteur rock ou que l’acteur de théâtre qui, lui, écrit des textes sentis et pensés? L’essai tente en partie de répondre à ce genre de questions, mais sert aussi de préambule ou de longue introduction pour les textes théâtraux qui suivront.

Pour Leroux, il n’y a rien de mal à se mettre en scène, cependant : « Je n’ai pas envie de comparer une entrée Facebook, un segment Vine ou une participation à The Voice à une entreprise qui questionne le moi. Mais peut-être que ces démonstrations populaires sont, d’une étrange et perverse manière, liées de près à une démarche collective où on tente de se rappeler qui on est, d’où on vient et vers où on s’en va. » Peut-être que tout se retrouve dans une démarche plus grande comme il l’aborde dans l’extrait plus haut, ou que la mise en scène de soi devient simplement désolante lorsqu’elle n’est pas articulée autour d’un propos ou d’un concept ou lorsque les motivations de cette personne ne sont justement pas artistiques.

La démarche autobiographique est au centre de l’œuvre théâtrale de Leroux, il est particulièrement intéressant de l’entendre se prononcer sur les bases de sa création, pour comprendre un peu mieux son processus créatif.

Du théâtre comme vous n’en avez jamais lu

S’il y a quelque chose que Leroux maitrise à merveille, c’est bien le langage théâtral. On commence la lecture et s’en suit un marathon intense d’extraits de pièces vivantes où se rencontrent des personnages vrais et authentiques. Les dialogues sont toujours justes. Au centre de ce feu roulant se trouve Leroux, grand manitou de ce livre, penseur de tous les instants. N’allez pas croire que vous vous lasserez de lui, loin de là. Il a su montrer toutes les facettes de sa personnalité et aussi celles de sa vie créatrice, libre, touchante, intelligente. Qu’il choisisse le coup de poing, le coup de gueule ou le coup de théâtre, Leroux s’inscrit assurément dans les talents québécois à surveiller.

Extrait :

« Que ce soit clair : j’aime la démarche autobiographique, mais je ne pense pas que celle-ci soit une forme d’art supérieure à une autre. Je pense qu’elle doit être pratiquée sérieusement, mais qu’elle ne doit pas se prendre trop au sérieux. J’admets aussi qu’elle peut être complaisante, mais pas plus que d’autres types de performances. Et j’ose espérer que ceux qui la pratiquent la font dans le but d’ouvrir le dialogue, d’échanger, et non pas pour évacuer, sermonner ou se thérapeutiser. »

Elizabeth Lord

Quelque chose en moi choisit le coup de poing, Mathieu Leroux, La Mèche, 2016.