Voilà une question que lance un des auteurs de Sécession : et si la Gaspésie devenait un pays libre?, Philippe Garon.

« Le plus important dans le fond, pour moi, c’est la rencontre. Je ne m’intéresse pas du tout à une sécession de la Gaspésie dans le sens pur et dur […] Ce que je veux, c’est que nous nous parlions. Comme du monde. […] La vie est mouvements, ajustements constants. La vie est complexe. La vie implique de nous poser des questions. Qui on est? Où on va? Pourquoi, comment, avec qui? Et moi, j’ai le goût qu’on se pose ces questions-là. Ensemble. »

L’essai collectif Sécession : et si la Gaspésie devenait un pays libre? regroupe 11 auteurs autour de cette question. Habilement orchestré, cet essai fournit aux lecteurs plusieurs sphères de réponses : sémantique, historique, économique, organisationnelle, culturelle, politique, citoyenne, alternative, philosophique, utopique et fictive. De quoi rassasier les plus grands curieux!

Je visite cette belle et grande région depuis deux ans seulement. En mai dernier, j’ai voyagé avec monsieur Leblanc, gaspésien d’environ 70 ans, qui me décrivait avec tristesse l’émigration des jeunes vers la ville. Il était conscient qu’avec les coupures budgétaires en région, la situation n’allait pas s’améliorer. De plus, il y a eu coupures dans le voyagement, ce qui n’encourage en rien les jeunes à demeurer dans leur belle Gaspésie.

« Te souviens-tu de moi, qui ai pleuré sur l’autoroute 20 parce que j’avais la chienne? Te rappelles-tu de moi, qui te prends d’assaut dans une vieille Accent 1999 remplie de boîtes issues d’une autre vie? M’as-tu vue rentrer au village en roulant sur mon insécurité, en tentant de dépasser mes doutes sur une ligne double? »

Lorsqu’on goûte aux paysages somptueux tout naturels de la Gaspésie, on en devient vite accros. Une dépendance de l’homme à la nature se crée instinctivement. Le paradis existe et il est à quelques heures de route. Nous avons la chance de le posséder à l’intérieur de « notre » Québec.

Cet essai est criant de vérité et de réalisme. Ce qui se passe en Gaspésie risque de nous retomber dessus un jour ou l’autre, car elle fait partie de notre province, une province plus décimée et divisée que jamais.

Ne pas défendre sa terre, c’est perdre sa vie, son ancre, ses racines. Que vous vous sentiez ou non concerné par le sujet, vous vous retrouverez à l’intérieur de cet essai, car il parle non seulement de cette majestueuse péninsule qui rame fort pour survivre, mais aussi des grandes villes qui se croient si à l’abri parce que prospères… pour l’instant.

La Gaspésie pour vos vacances!

Qu’on aime donc la Gaspésie pour nos vacances han? On tapisse notre mur Facebook de photos extraordinaires, on se vente d’avoir fait des trouvailles en produits de toute sorte et surtout, on se dit tellement serein depuis notre séjour en ce lieu paradisiaque.

La Gaspésie connaît sa haute saison en ce moment. Plusieurs touristes la frôlent, la découvrent, croyant à tort participer à l’économie locale de la région en rut durant quelques mois. La Gaspésie, c’est cool pour le tourisme, mais sérieusement, faut vraiment le vouloir pour s’établir. Peu d’emplois, peu de ressources de soutien. Sauf que… le gouvernement dit vouloir contribuer à développer la Gaspésie. Ah oui?

« Nous avons su conserver nos magnifiques paysages, qui font l’envie de la planète entière. La Gaspésie n’est-elle pas classée parmi les plus beaux endroits sur Terre selon le National Geographic et d’autres spécialistes de renom? La planète entière nous reconnaît. Mais chez nous, au Québec, nous vivons une campagne de dénigrement. »

La Gaspésie deviendra-t-elle un parc d’attraction ouvert trois mois par année (soit durant l’été)? Loin de se victimiser, les auteurs abondent en faits, en statistiques, chacun à leur manière, chacun remettant un morceau du casse-tête à la bonne place. De façon directe, sincère, vraie, certains d’entre eux avouent que leur propos jettent de l’huile sur le feu sur la confrontation et que les préjugés cités ne concernent pas tout le monde.

« Le lecteur comprendra que derrière le titre consciemment provocateur du présent ouvrage, l’entreprise dans laquelle nous nous lançons est de vérifier la faisabilité de notre thèse, à savoir qu’un pays comme la Gaspésie, qui existe déjà sur le plan culturel, peut devenir autonome en terme politique. Ou économique. L’intérêt réside alors pour nous dans la définition des paramètres d’une telle autonomie et de la procédure pouvant y mener. »

Sécession : et si la Gaspésie devenait un pays libre? regorge de réflexions pertinentes, développées, humaines et sociales. Ce territoire pourrait être notre plus grande richesse au Québec, mais les hauts dirigeants ne voient pas son plein potentiel; ils voient l’argent que cela pourrait leur apporter. Nous deviendrons un pays sous-développé sous peu, dépendant des autres pays. Qui sauvera le Québec qui coule? On les aime bien les Gaspésiens durant l’été. Et c’est réciproque. L’été, c’est LEUR saison touristique. L’été, ils font leur argent pour l’année. Ou non.

Impasse.

Soyons fiers, mais…

J’ai rencontré des gens dévoués en Gaspésie. Pas juste des gens sur le chômage ou des gens qui veulent vivre sur le « BS » comme les clichés qu’on nous renvoie. Ces gens-là sont comme vous et moi. Ils veulent sauver leur terre natale, leurs emplois, simplement avoir ce qui leur revient de droit.

Ce sont des artistes de grand talent qui veulent se produire sur des scènes locales et non au TNM. Ce sont des artisans qui veulent avoir pignon sur la mer et non sur un stationnement. Ce sont des jeunes qui veulent étudier, mais qui doivent quitter leur famille parce que l’université est loin. Ce sont des gens qui ont besoin de soins particuliers, mais qui préfèrent demeurer près des leurs plutôt que de disparaître en ville. Ce sont des humains! Comme nous.

« En gros on pourrait dire que les régions, aux yeux de ceux qui dirigent, c’est juste bon pour fournir des matières premières. Pour le reste, ça se passe en ville. Fait que plus les régions perdent la possibilité de prendre leurs propres décisions, moins elles nous ressemblent, moins elles répondent à nos besoins, moins elles sont des solutions adaptées à notre réalité, moins elles peuvent réellement contribuer à l’avancement de toute société. »

Ils ont accès à toutes les ressources naturelles. Nous avons accès à plusieurs ressources industrielles. Plutôt que de parler de coupures, de gains, pourquoi ne pas voter pour l’échange, le troc. Trop archaïque?

Et la guerre entre policiers et étudiants, entre gouvernement et citoyens, entre pauvres et riches, ce n’est pas archaïque peut-être? N’allez pas croire que les auteurs se reposent sur leurs lauriers en attendant que les autres passent à l’action. Que non! Ils osent des pistes de solutions, des moyens concrets pour s’en sortir. Ils n’attendent qu’un peu d’ouverture et de soutien. Imaginez si en ville, on coupe dans les postes d’éducation et de santé, comment c’est en région! Bientôt, ils fermeront les régions!

« J’ai ici en tête les recommandations du Bureau d’aménagement de l’Est-du-Québec, qui envisageait la fermeture de 83 villages en Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent. On jugeait que ces communautés ne pouvaient atteindre les exigences de rentabilité et de performance. Des populations ont ainsi été déménagées. Contre leur gré. Il y a eu de la résistance. De la résilience, entremêlée d’errance. »

Des villages fantômes. On se croirait dans le temps des esclaves, des colonisations et des guerres outre-mer. On sent les auteurs vibrer, craindre, se choquer, trembler. On sent leur sentiment d’incertitude, mais également leur appartenance profonde pour leur Gaspésie. Ils en sont fiers! Ils craignent pour elle…

Ici comme partout ailleurs

« En 1995, alors que le président de la Banque nationale, André Bérard, y allait de sa suggestion constructive au développement du Québec par la fermeture des régions, comme la Gaspésie, condamnées à demeurer à la remorque du reste du Québec. Monsieur Bérard avait déclaré ceci : “Si les habitants ne parviennent pas à se prendre en main et à trouver d’autres activités que du travail saisonnier, fermons les régions.” »

Quoi? Comme partout au Québec, il flotte sur la Gaspésie un vent d’impuissance.

« Dans les faits, les citoyens n’ont plus de réel pouvoir, celui-ci a été confisqué par les élus professionnalisés, à leur profit. Les électeurs ne peuvent plus s’exprimer directement, ils n’ont plus rien à dire. »

Comment renverser cette tendance qui nous ancre à leurs décisions et à leurs actions toxiques? Les gens qui demeurent en Gaspésie ne veulent pas nécessairement l’indépendance, mais de la reconnaissance. Bref, ils ne veulent que ce qui leur est dû.

Je défie chacun d’entre vous qui avez caressé la Gaspésie de partager mon article afin de faire de la publicité à cet essai! Sur ce, chers lecteurs, je vous laisse, car je dois préparer mes bagages pour un court séjour… en Gaspésie!

Élizabeth Bigras-Ouimet

Sécession : et si la Gaspésie devenait un pays libre?, Essai collectif, Éditions 3 sista, 2015.

Tiré à 500 exemplaires seulement, l’essai est actuellement en vente aux librairies Alpha, l’Expression et Liber. L’ouvrage est également téléchargeable via le site web des Éditions 3 sista.
Les profits de cette publication seront versés à l’organisme Horizons Gaspésiens, un projet de résilience collective.