Les truites à mains nues, ainsi s’intitule le second recueil de nouvelles de Charles Bolduc. Il est constitué de 30 courtes nouvelles. Uniques. Vibrantes. Douces et fortes à la fois. Sur la vie. L’amour. Le temps qui passe. Le désir. L’oubli. Le manque. La mort. Tout ce qui pourrait être banal, mais qui ne l’est pas. De multiples réflexions. Parfois profondes. Parfois légères, voire futiles. De multiples univers. Parfois exotiques. Parfois communs. Des histoires tragiques. Des histoires comiques. Le tout dans un style frais et ironique. Dans l’hyperbole et la retenue. Dans la subtilité et la grossièreté. Avec un soupçon de poésie, d’humour et de philosophie.

Le titre du recueil illustre très bien l’idée générale qui émane de la somme des nouvelles. Il provient d’un extrait de la dixième nouvelle, Des moments de clarté absolue. Cette dernière traite du rare moment où pour un individu, « [d]’un seul coup, après des années de recherches et de tâtonnements, tout devient net, limpide, transparent ». Avec cette illumination viendra immanquablement le moment où « l’instant va filer comme une truite qu’on essaie d’attraper à mains nues » et d’un coup, « toutes les certitudes, toutes les fondations sur lesquelles s’érige l’existence sont pulvérisées ». La vie nous glisse entre les doigts. Le temps nous glisse entre les doigts. Alors que le narrateur croyait être immortel et puissant, il prend conscience de sa finitude. Même si ce texte est celui qui traite le plus directement du thème du temps qui passe, c’est probablement celui qui est le moins efficace. Les autres nouvelles abordent le thème de façon indirecte, ce qui les rend plus touchantes.

Les titres des diverses nouvelles sont parfois des œuvres d’art à eux seuls. Ils laissent planer un mystère qui donne envie au lecteur d’en lire plus. En effet, il est impossible de résister à des titres comme Plusieurs centaines de Michel Tremblay, Toutes les chaumières contenues dans la chaleur du pain frais, Comme des chansons dans une langue inconnue ou L’intérieur des cosses mûres de petits pois. Autant de promesses surprenantes faites au lecteur, dans l’attente d’une explication logique, d’un contexte. Promesses tenues. Les nouvelles donnent « cette impression curieusement satisfaisante d’aller nulle part mais d’y aller à toute vitesse ». On ne sait pas toujours où l’auteur veut en venir et c’est ce qui est si intéressant. On est surpris par le chemin qu’il nous fait emprunter, surprise agréable s’il en est une.

Merci à Charles Bolduc pour ce recueil qui résonne. Qui évoque. Qui surprend. Qui charme au-delà des mots. Au-delà du temps.

 

– Julie Cyr

 

Les truites à mains nues

Charles Bolduc

Leméac, 138 pages