Courtoisie: La Peuplade

Recommencer à zéro dans un nouveau pays est une épreuve d’envergure. Soleil, le premier roman de David Bouchet, propose une intrusion dans la tête de Souleye, un jeune Sénégalais qui arrive à Montréal avec sa famille : P’pa, Mère, Lila et Bibi.

Un changement de vie dans le but de devenir peu à peu des Québécois. Son P’pa lui dit de ne jamais regarder en arrière, de se faire discret dans son nouveau pays pour qu’il puisse être accepté. La famille commence une aventure stimulante, mais qui s’avère malheureusement plus difficile à cause des folies de son père.

Souleye se fait une seule amie, la petite Charlotte qui a déjà vécu tous les méandres de la vie et qui habite dans l’immeuble voisin avec sa mère. Elle l’appelle Soleil, puisque c’est ce qu’elle a compris quand il s’est présenté. Peut-être le surnomme-elle ainsi puisqu’il est le soleil dans la tempête de sa vie? Complice et confidente de Soleil, ils se partagent leurs craintes et leurs peurs.

Malgré l’intégration graduelle de la famille sénégalaise, la mère de Souleye trouve que les différences culturelles forment un fossé quand même bien grand. La chaleur humaine est plus rare au Québec, selon elle. Peut-être qu’avec nos hivers, on a peur de la partager!

C’est vrai, quoi, c’est toujours dans un seul sens, l’exemple, c’est toujours l’exemple du plus fort, du plus beau, du plus riche, c’est toujours le pays pauvre qui prend exemple du pays riche. Sur ce que l’homme peut donner à l’homme, les médicaments de l’âme, les petits bonheurs de tous les jours, l’attention et l’humanité, on devrait faire des échanges dans l’autre sens. »

L’immersion pour quiconque est un défi qui ne faut pas prendre à la légère! Recommencer à zéro, parfois apprendre une nouvelle langue, trouver de nouveaux amis, un nouveau travail : très peu de gens osent de tels changements. L’intégration est un bien beau mot, mais réussir est un chemin ardu.

Soleil fait voir la collision entre deux cultures. Il permet une rétrospection sur ce que nous sommes, un regard extérieur qui dévoile les minuscules détails qu’on ne voit pas ou qu’on a oubliés.

Les Québécois voient dans l’histoire des Amérindiens la fragilité de leur propre existence. Et c’est pour ça aussi qu’ils donnent le moyen d’exister à tous ceux qui sont différents d’eux, même s’ils en ont peur. »

Un livre écrit d’une façon intelligente, qui nous transporte efficacement dans l’univers de Souleye. C’est une plume douce et innocente : les catastrophes humaines semblent plus légères. Même si la tempête est féroce, la vie narrée par un enfant est souvent plus drôle et moins lourde que si elle était racontée par un adulte. L’auteur réussit très bien ce travail de style qui livre une bride de vie bien définie.

David Bouchet a su me séduire avec l’histoire de Soleil, une histoire d’humanité. Il existe plein de Souleye qui se promènent dans les rues avec leurs histoires propres à eux. Son écriture m’a donné l’illusion parfaite d’être dans la tête du protagoniste. Je dois dire que je me suis attachée aux réflexions de ce jeune garçon et j’ai l’espoir (comme Souleye) d’avoir le privilège de lire une éventuelle suite. On peut toujours demander! Mais en attendant, je vous suggère cette lecture.

— Ève Tessier

Soleil, David Bouchet, La peuplade, 2015