Dans le roman Coma de François Gilbert, Satô, un jeune Japonais vivant en Chine depuis un an, voit son univers soudainement bousculé par l’arrivée surprise de madame Watanabe. Ce mystérieux personnage s’avère être la mère d’Ayako, une ancienne amoureuse de Satô. Cette dernière est plongée dans un profond coma et madame Watanabe est convaincue que le jeune homme est le seul à pouvoir l’en sortir. C’est avec beaucoup d’appréhensions que Satô accepte d’offrir son aide et de retourner au Japon, tel un traître, puisqu’il a en quelque sorte renié ses origines.

Malheureusement, la magie n’opère pas. Ayako demeure dans le coma et madame Watanabe reproche à Satô de ne pas aimer sa fille comme il le devrait : « C’est parce que vous ne l’aimez pas assez. Nous reviendrons quand vous l’aimerez et elle s’éveillera ». Au fil de ses visites à l’hôpital, Satô réalise que le personnel soignant et madame Watanabe le voyaient tous comme un sauveur, un prince charmant qui viendrait au secours de sa belle princesse. Il avait presque réussi à y croire lui-même. Commence alors un jeu de masques, de mensonges et de représentations, où Satô cherche à devenir tel qu’on l’a imaginé : « Dans leurs pupilles, je ne voyais qu’un amoureux éperdu et dévoué. J’en oubliais les questions, la culpabilité. Le regard des infirmières offrait la rédemption ». C’est ce qui rend le roman intéressant. Le coma n’est en fait qu’un prétexte à une quête identitaire, tant pour Satô que pour madame Watanabe, qui s’est elle aussi créé un alter ego.

Après avoir réalisé qu’il n’aime pas Ayako et qu’il est « désolé de ne l’avoir jamais aimée comme elle le souhaitait », Satô rentre en Chine et se révèle alors enfin à lui-même, tel qu’il n’avait jamais osé le faire. La finale est surprenante, quoiqu’un peu facile (je vous laisse la découvrir). Le point faible du roman est probablement le fait que le décor est presque inexistant, alors que l’histoire se déroule dans l’exotisme de la Chine et du Japon. En fait, la trame du roman aurait pu se dérouler n’importe où tant il y a peu de détails sur l’environnement dans lequel s’inscrivent les personnages, outre leurs noms. Bien sûr, il y a l’aspect culturel qui est développé, avec les protagonistes qui sont discrets et qui agissent toujours « avec détachement et une prudence pleine de tact ». C’est là le seul élément de la culture orientale que Gilbert développe réellement dans son roman. Par contre, le sujet de Coma est très profond et intime, ce qui cautionne les choix de l’auteur en matière du peu d’attention porté au décor.

Bref, Coma est une belle réflexion sur les apparences ainsi que sur les mensonges faits aux autres et à soi-même. Un premier roman sensible, subtil et profond qui laisse présager une carrière prometteuse à François Gilbert.

– Julie Cyr


Coma

François Gilbert

Leméac, 120 pages