Crédit photo : Jérémie Dubé-Lavigne

Sortir du cadre est quelque chose qui rend les gens inconfortable. Dans le mystère de cette nouvelle production du Théâtre de l’Odyssée, Prométhée Inc. amène le spectateur à sortir de ses références face aux théâtres. Je m’embarque dans cette aventure où le rendez-vous m’est donné par téléphone le dimanche soir par message secret. Déjà, je me sens transportée dans l’univers expérimental du collectif artistique interdisciplinaire.

Combines sous mes pantalons (oui, oui, je vais très rarement au théâtre avec ce type de vêtement!), chandail chaud, tuque et mitaines, je suis prête pour l’inconnu! Arrivée au lieu (dont je tais le nom) situé quelque part sur l’île de Montréal, j’embarque dans le minibus, l’ambiance ponctuée d’accordéon et de phrases poétiquement lourdes de sens, qui roule tranquillement vers le site choisi (qui change à chaque prestation).

Lieu secret

Lumières suspendues, chaises dans la neige, brasiers dans des barils de tôle, les spectateurs sont accueillis par de chaleureux artistes par cette nuit froide du mois de mars. L’oiseau de feu (Marie Filiatrault) nous offre des couvertures pour la représentation… quel beau contraste avec le mythe… l’Oiseau-Prométhée nous offre la chaleur de ce feu sacré qu’il a volé aux dieux pour le donner aux humains, les êtres de la cité.

Prométhée, accompagné de ses esclaves, (définition du Petit Robert : «Personne qui n’est pas de condition libre, qui est sous la puissance absolue d’un maître… personne soumise à quelque chose. ») nous fait miroiter le feu de la connaissance et les risques engendrés par la possession de celui-ci.

« Ils sont dociles, ces Bons Esclaves, utiles et dociles. Éveiller leur conscience peut s’avérer dangereux. »

Ce que les artistes font avec brio. Ils guident constamment le spectateur à la conscience de ce qui se passe et les invitent à remettre en question les propos de la pièce.

Revirement de situation

Crédit photo : Jérémie Dubé-Lavigne

Crédit photo : Jérémie Dubé-Lavigne

Et si c’était les spectateurs les esclaves? Nous sommes assis, maniables et nos référents face à ce mythe sont très loin gardés dans nos mémoires. Ne pas bien connaître les propos n’augmente-t-il pas les risques de tout prendre comme une certitude? Aspect souligné par les artistes : « On fait du théâtre, mais on est qui, nous, pour vous dire la vérité? » C’est une critique ardente à caractère social et politique que j’ai sentie entre les lignes et qui, à l’occasion, m’a frappée en plein visage.

L’expérience scénique de la mythologie en conte

Les acteurs ont accentué le mythe de Prométhée en utilisant un projecteur pour illustrer l’épopée du protagoniste, mettant en scène les multiples talents de chacun autant en arts visuels, en musique qu’en performance dansée soulignant l’allégorie de l’oiseau de feu.

Une scénographie atypique qui vient d’autant plus appuyer ce que nous sommes vraiment, humains, vulnérables, dociles, car oui, nous avons « appris à aimer nos chaînes »! Les interprètes nous ont laissé la liberté d’interpréter à notre façon, mais toujours avec une féroce prise de conscience de ce qui se passe dans la pièce et de ce que nous sommes en train d’absorber en tant que savoir divin. Une expérience avec un impact unique puisque, assis à différents endroits, nous avions chacun un angle de vue différent : je pouvais croire à une narration hors-champ alors que pour d’autres, l’acteur était visible. Une illusion?

Mise en garde

C’est une pièce pour un public aguerri qui n’a pas peur de sortir des cadres de référence du théâtre conventionnel sous peine de perdre pied. Pour tous ceux qui aiment être en déséquilibre, laissez-vous prendre au jeu!

Ève Tessier

Prométhée Inc., une pièce et mise en scène du Théâtre de l’Odyssée. Elle est présentée jusqu’au 28 mars 2015. Direction artistique et conception : Myriam Le Ber, Gabriel Champagne, Marie Filiatrault, Jean Patrak et Geneviève Boileau.

Pour tous les détails sur la production du Théâtre de l’Odyssée, c’est ici!