© Mario Doucette, La déportation des Acadiens (d’après Sir Frank Dicksee), 2012, pastel, encre, crayon et acrylique sur panneau de bois, 91 x 152 cm
Photo : Marc Grandmaison. Avec l’aimable autorisation de l’artiste

Full disclosure: même si je m’intéresse beaucoup aux arts visuels, la peinture n’a jamais vraiment été ma tasse de thé. Le jeune naïf en moi croyait qu’au fond, peut-être qu’on en avait fait le tour. Ou du moins, il me semblait qu’il ne s’agissait pas là d’un médium aussi dynamique que les autres. Suspicions qui, si elles avaient récemment été ébranlées par ma rencontre avec la pratique de jeunes artistes montréalais (Alexis Lavoie, Cynthia Girard, Frédérique Ulman-Gagné…), ont été d’autant plus éclatées avec ma visite du premier volet du Projet Peinture à la Galerie de l’UQÀM. Réunissant les œuvres très récentes (les plus «vieilles» sont de 2009) de 30 peintres canadien(e)s, le Projet Peinture cherche, selon les mots de la commissaire générale de la Galerie Louise Déry, à faire voir la production kaléidoscopique d’«une génération de peinture, et non d’une génération de peintres».

© Christine Major, Crash Theory II, 2013, acrylique sur toile, 284,5 x 213,4 cm Photo : Guy L’Heureux. Avec l’aimable autorisation de la Galerie Donald Browne, Montréal

Bien que la publication qui accompagne l’exposition divise les travaux sous quatre grandes thématiques (les figures du réel, les univers de fiction, la peinture comme sujet et les pratiques hybrides), la mise en exposition vient quant à elle créer, comme l’affirme la commissaire et coordonnatrice Julie Bélisle, des rencontres improbables entre des œuvres aux propositions thématiques distantes. Bélisle donne l’exemple du Sans Titre (BG) de Pierre Dorion et du Crash Theory II de Christine Major. Si l’œuvre de Dorion appartient à une peinture plus formaliste alors que celle de Major représente une collision de voitures et un match de roller-derby, leur accrochage côte à côte vient révéler certaines parentés plastiques,  notamment dans l’utilisation des gris et de la verticale.

Alors que les grands formats de Wanda Koop et Hugo Bergeron sont magnifiques, c’est dans l’inclusion du politique dans plusieurs œuvres présentées que j’ai trouvé le plus grand dynamisme. Le tableau Miss Africa de Kent Monkman frappe direct dans une Afrique post-coloniale : un esclave échappé de ses chaines signées Chanel et Tiffany, des guns dorés, un vieil homme en marinière (Picasso?) pillant des artéfacts, une sorte de conquistador aux bottes Louboutin… Je pense aussi à l’étonnant I Had a Dream de Cynthia Girard, dont l’acerbité est cachée sous une première apparence plutôt gentille. En effet, l’œuvre est composée de deux tableaux ovales aux couleurs pastels accrochés de chaque côté d’un paravent blanc. Pourtant, quand on s’approche, on peut lire sur chacun des tableaux : «I dream that the prime minister was making love to me really hard wispering in my ear that abortion is a murder gay mariage immoral and evolution a lie». Et paf!

L’humour et l’ironie traversent aussi l’exposition. On apprécie l’ensemble de petits tableaux de Team Macho, dans lesquels se côtoient E.T. faisant sa toilette, quelques chats, un mugshot de hibou, des personnages de Star Trek… Et que dire de Gutterballs (back cover) de Chris Millar, une toute petite toile représentant une scène des plus trippy dans un salon de quilles décoré à la Mondrian. Plus que de simples blagues, il me semble qu’ici l’humour devient à la fois critique virulente et portrait moqueur d’une société culturepopularisée, vidéos de chats sur YouTube en fond de décor.

En résumé : on court voir l’expo avant le 1er juin pour prendre le pouls d’une peinture étonnante et pertinente; on bloque nos agendas pour le volet 2 du 7 juin au 6 juillet, qui présentera 30 autres peintres canadie(e)s, et entre temps on dévore le catalogue, question de mettre les pratiques en perspective…

– Philippe Dumaine

@PhilDumaine

 

Le Projet Peinture : un instantané de la peinture au Canada

Commissaire et coordonnatrice : Julie Bélisle

Commissaire générale : Louise Déry

Volet 1 : 1er mai au 1er juin

Volet 2 : 7 juin au 6 juillet

Publication, 50$, 361 p. (textes de Louise Déry, Julie Bélisle, Robert Enright, Jonathan Shaughnessy et Nicolas Mavrikakis)

Galerie de l’UQÀM

www.galerie.uqam.ca