Photo : Design Eightie Trois

La Société de musique contemporaine du Québec et son festival Montréal/Nouvelles Musiques, biennale de la musique contemporaine québécoise, s’associait lundi à Code d’Accès dans la coproduction de Projet Archipel, documentaire sonore réalisé par Guillaume Campion et Guillaume Côté, tous deux diplômés de l’Université de Montréal. La pièce, qu’il faut aborder en tant qu’œuvre musicale et non seulement en tant que documentaire, se veut une réflexion sur l’inaccessibilité des berges du Saint-Laurent et sur leur potentiel de développement récréatif, économique et touristique. Le duo de compositeurs navigue habilement entre réflexion concrète et musique abstraite dans un périple audacieux qui mêle entrevues, prises de sons maritimes et sons de synthèse.

« Montréal est une île, mais on n’a aucun moyen de s’en rendre compte. » Le blocage des berges par le réseau autoroutier, l’absence presque totale de plages et l’omniprésence des secteurs industriels le long de la rivière font partie des obstacles au Saint-Laurent que soulèvent les intervenants du documentaire. Depuis quelques années, la question d’une plus grande accessibilité aux berges commence à infiltrer le discours politique de nos élus municipaux; toutefois, à l’aube du 375e anniversaire de la ville, plusieurs citoyens affichent un scepticisme vis-à-vis des actions concrètes de la Ville dans ce dossier. Catchphrase électorale ou plan concret?

En attendant de le savoir, la musique des deux Guillaume nous transportent d’une intervention à l’autre dans une très jolie danse aquatique de musique acousmatique. La musique acousmatique (ou électroacoustique) est constituée de sons agencés minutieusement selon leur énergie propre, qu’ils soient d’origine acoustique ou électronique, et présente peu de mélodies ou de rythmes récurrents. Esthétiquement, Projet Archipel ressemble à une ingénieuse rencontre entre les prises de son ambiantes d’un Chris Watson et le micro-montage rocailleux d’un David Berezan. Si les angles de vue du documentaire sont diversifiés, malheureusement la musique l’est moins : les trames deviennent par instants répétitives, bien que très plaisantes et brillament spatialisées. L’œuvre est honnête : il est urgent de repenser notre façon de voir Montréal, de réparer les dégâts d’une urbanisation précipitée et de réapprivoiser ce fleuve qui est au cœur de l’histoire de notre ville.

Manqué le spectacle? La plateforme www.projetarchipel.com est régulièrement mise à jour avec du nouveau contenu, des cartes interactives et un lecteur audio personnalisé. L’équipe prévoit également le lancement imminent de trois parcours sonores géolocalisés qui proposeront une expérience de réalité sonore augmentée sur certaines rives du fleuve par le biais d’une application mobile. L’initiative de Projet Archipel est une goutte de poésie plus que bienvenue dans une discussion municipale aride en résultats concrets.

Nathan Giroux