Depuis quelques années, le thème du Nord, avec ses thèmes corollaires du sauvage, des grandes étendues, de la chasse et des identités nomades, s’est taillé une place considérable dans le paysage littéraire québécois. En effet, plusieurs auteurs, de vrais passionnés, essaient de le garder vivant et renouvellent sans cesse notre manière de percevoir ce pan de l’identité collective.

Dans Pro pelle cutem, Nicolas Lauzon explore le monde du trappage en territoire nordique, faisant de cette pratique ancestrale une quête identitaire qui a beaucoup à voir avec l’écriture. Ce recueil, dont un extrait a obtenu en 2015 une place de finaliste au prix de poésie de Radio-Canada, a le mérite de présenter l’art du trappage, tant dans ses aspects les plus nobles que dans sa violence même, comme une allégorie de nos propres enjeux existentiels.

L’horizon de la bête insoumise

La violence inhérente à ce type de chasse, pour Lauzon, renvoie à une sorte de code d’honneur qui lie l’homme à la bête, et les unit dans un même horizon, qui est le « jalon de la bête insoumise ». C’est donc une certaine éthique de la liberté qui est proposée, laquelle place le trappeur et sa victime sur un même pied d’égalité devant la démesure de l’immensité dont ils font partie intégrante. L’auteur rappelle d’ailleurs que c’est « l’idée grotesque / de se prendre pour Dieu / [qui] viendra à bout des hommes », ce qui ramène la valeur de l’être humain à sa juste place : « Je me mesure à la vie / Pro pelle cutem [NDLR : peau pour peau, la devise de la Compagnie de la Baie d’Hudson, tirée du livre de Job] / ne suis qu’un homme / dans la nuit ».

Cette méditation sur la place de l’humain, ou de sa propre place en tant qu’individu, dans le monde, donne lieu à de superbes passages, dont la grande profondeur philosophique fait la force de ce recueil. Cela devient toutefois moins heureux lorsque l’auteur se prend au jeu et en devient un peu trop sentencieux par moments, jusqu’à utiliser des images plus convenues telles que « le vertige de la solitude » ou « tout devient possible / dans l’œil du lynx ». Malgré ces quelques passages, la lecture du recueil dans son ensemble laisse une profonde impression de vastitude, portée par nos « traces dans la neige / [qui] signent le chèque en blanc / de la démesure ».

Mathieu Simoneau

Pro pelle cutem (peau pour peau), Nicolas Lauzon, Les éditions du passage, 2016.