En décembre 2015, Catherine Voyer-Léger mettait en ligne son projet d’écriture Corps dedans/dehors. Pendant seize mois, elle a publié des fragments inspirés de sa relation au corps et, d’une certaine façon, de la relation du corps à soi. Car ses micro-récits montrent bien comment on peut parler du corps, mais aussi comment celui-ci nous parle et influence à son tour les récits qu’on fait de soi, de sa corporéité et de la perception du monde qui en découle. En 2018, le projet a pris corps physique chez les éditions La Peuplade sous le titre Prendre corps.

Lunettes de chair

Prendre corps est un livre qui nous rappelle que l’on aborde le quotidien et le monde à partir du corps, et que notre traitement de la réalité et de nos pensées traverse le prisme de nos sensations corporelles. Il nous rappelle que l’on vit le monde physiquement, et que notre corps est notre transport à travers lui. Ainsi, parce qu’une foule de petites histoires se vivent à travers chacune des parties de notre corps et s’y impriment, il n’est pas surprenant que de ce projet ressorte une grande sensibilité. Sous le ton de la confidence, Catherine Voyer-Léger transporte le lecteur à travers les dédales de la mémoire corporelle. Ses micro-récits sont comme des centaines de clins d’œil à ce dialogue inconscient que chacun entretient jour après jour avec sa chair.

Épouser les formes

Il y a quelque chose de fort sympathique dans cet ouvrage qui ne cadre pas dans les catégories traditionnelles. Ni roman, ni nouvelle, ni poésie, ce livre convaincra les lecteurs qui auront fait le pari de la nouveauté. Chaque page présente une courte histoire inspirée d’une partie du corps ou d’une réalité physique liée à celui-ci. Parfois poétiques, parfois narratifs, les micro-récits jouent sur les mots, offrent des réflexions, touchent ou surprennent. « La chute » joue par exemple sur deux plans. Le titre annonce à la fois la réalité physique du corps qui chute et la fin (surprenante ou amusante) d’une nouvelle, qu’on nomme la chute :

Tout était en bois brun dans cette maison. L’escalier massif qui faisait un coude libérant un espace utile où entasser tout ce qui devait monter à l’étage. Les murs. La rampe. L’immense buffet au cœur de la salle à manger. Au pied de l’escalier.

Ma tête, l’escalier, le plancher, le buffet. Ce jour de 1984 où j’ai eu envie moi aussi de danser.

What a Feeling. »

Le livre plaît pour son écriture fine et sensible, mais aussi parce que le lecteur y trouve des échos de sa propre corporéité. Qu’on soit homme ou femme, on sourit aux évocations que provoquent les micro-récits de Catherine Voyer-Léger. Enfance, douleur, solitude, féminité, tendresse, force… De nombreux thèmes sont abordés comme une série de vues sur le quotidien. On en fait la lecture au gré de ses humeurs. On se laisse guider par l’ordre suggéré ou on permet au hasard de choisir les pages pour soi. Une chose me semble sûre, on prend plaisir à la lecture de ce bel ouvrage.

– Christine Turgeon 

Prendre corps, Catherine Voyer-Léger, La Peuplade, 2018.

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